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Disparition du recteur de l’UNIGOM : une crise qui ébranle l’université de Goma

Depuis plusieurs semaines, une étrange absence pèse sur les couloirs de l’Université de Goma (UNIGOM). Le recteur, le professeur Muhindo Mughanda, est invisible du public, une situation officiellement justifiée par des impératifs de sécurité. Dans le microcosme universitaire de Goma, cette disparition soudaine du recteur Université de Goma alimente un cocktail d’interrogations légitimes et de rumeurs incontrôlées. Comment une institution académique majeure peut-elle fonctionner sans son pilote en ces temps troublés du Nord-Kivu ?

Le parcours de Muhindo Mughanda n’est pourtant pas celui d’un homme falot. Avant d’atterrir à la tête de l’UNIGOM le 11 septembre 2021, il avait déjà dirigé les universités de Semuliki à Beni et de Rwenzori à Butembo, acquérant une solide expérience de gestion en contexte difficile. À Goma, il s’était rapidement attelé à des réformes structurelles, cherchant à insuffler une dynamique nouvelle à l’institution. Aujourd’hui, cette disparition de Muhindo Mughanda laisse un vide stratégique et symbolique, d’autant plus criant que personne ne semble en mesure d’en expliquer clairement les raisons.

Le flou a pris une dimension politique avec l’intervention du gouverneur nommé par l’AFC/M23, Bahati Musanga Erasto. S’adressant aux étudiants, il a jeté un pavé dans la mare en déclarant que « plusieurs personnes cherchent aujourd’hui à diriger l’UNIGOM, estimant que le recteur aurait quitté la ville ». Une affirmation lourde de sous-entendus, mais dénuée de précisions, qui a eu pour effet d’attiser les suspicions plus que d’apaiser les esprits. En réponse à cette crise à l’UNIGOM, l’autorité provinciale s’est contentée d’un appel général au calme et à la compréhension, brandissant l’argument du contexte sécuritaire comme unique explication.

Cet argument, il est vrai, n’est pas sans fondement. La sécurité au Nord-Kivu reste extrêmement volatile, marquée par l’activité de groupes armés dont l’AFC M23. Les universités et les écoles sont souvent prises en étau dans ces conflits, devant composer avec les menaces directes et l’instabilité chronique. La sécurité de l’université est donc une préoccupation constante. Mais la question qui se pose est de savoir si l’absence totale de communication sur le sort d’un haut responsable est la meilleure façon de protéger l’institution. Ne risque-t-on pas, à trop vouloir taire, de nourrir la défiance et de paralyser la gouvernance académique ?

Sur le terrain, la communauté universitaire s’inquiète. Des étudiants, sous couvert d’anonymat, expriment leur confusion et leur crainte pour la suite de leur parcours académique. « Sans recteur, qui prend les décisions importantes pour notre université ? », s’interroge l’un d’eux. Le personnel administratif et enseignant, lui, avance avec prudence, dans l’attente d’éclaircissements. Cette atmosphère d’incertitude est un terreau fertile pour les rumeurs de toutes sortes, qui finissent par distraire l’attention de l’essentiel : la mission éducative de l’université.

L’impact de l’AFC M23 sur l’éducation dans la région est ainsi indirect mais bien réel. Il se manifeste par cette instabilité politique et sécuritaire qui peut, à tout moment, déstabiliser les institutions clés comme l’UNIGOM. La gestion de cette affaire devient un test de résilience pour le secteur de l’enseignement supérieur en RDC. Peut-on garantir la continuité et la qualité de l’enseignement lorsque ses dirigeants potentiellement en danger doivent se mettre en retrait ?

À plus long terme, l’enjeu dépasse la simple personne du recteur Mughanda. Il s’agit de la crédibilité et de la stabilité de l’UNIGOM elle-même, un pilier indispensable pour la formation des cadres du futur Nord-Kivu. Les réformes engagées ne doivent pas être compromises par une crise de leadership. Les autorités, tant académiques que provinciales, se doivent de trouver un équilibre délicat entre la nécessaire prudence sécuritaire et l’impérative transparence démocratique. Un dialogue clair avec la communauté universitaire est urgent pour désamorcer les tensions et restaurer la confiance.

En conclusion, la disparition de Muhindo Mughanda est bien plus qu’un fait divers local. C’est le symptôme des défis profonds que rencontre l’éducation dans une région en proie à l’insécurité. Elle pose une question fondamentale : comment bâtir l’avenir sur des bases saines si les institutions chargées de forger les esprits sont elles-mêmes fragilisées par l’opacité et l’instabilité ? L’UNIGOM, et avec elle toute la communauté éducative du Nord-Kivu, mérite des réponses claires et une voie tracée pour naviguer dans ces eaux troubles, afin que la quête du savoir ne soit pas une autre victime collatérale du conflit.

Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: mediacongo.net

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Yvan Ilunga
Yvan Ilunga
Né à Lubumbashi, Yvan Ilunga est un passionné de la richesse culturelle du Congo. Expert en éducation et en musique, il vous plonge au cœur des événements culturels tout en mettant en lumière les initiatives éducatives à travers le pays. Il explore aussi la scène musicale avec une analyse fine des tendances artistiques congolaises, faisant d’Yvan une véritable référence en matière de culture.
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