Les lumières de Paris se préparent à scintiller d’un éclat particulier les 14 et 15 février prochains. Dans l’écrin raffiné du Club de l’Étoile, au cœur du 17ᵉ arrondissement, la quatrième édition du Festival Napoléon 2026 promet de transcender la simple commémoration historique pour se muer en un véritable dialogue des consciences et des cultures. Cette année, l’événement, devenu un pilier du paysage culturel francilien, opère un virage audacieux et nécessaire : tourner son regard vers le sud, vers les rives complexes et fertiles du continent africain. Le Festival culturel Paris Afrique trouve ici une de ses expressions les plus intellectuellement ambitieuses.
Pendant deux jours, l’air sera chargé des échos de débats passionnés, des murmures de toiles cinématographiques et de la puissance du verbe théâtral. Historiens aguerris, chercheurs en quête de nouvelles perspectives, artistes visionnaires et intellectuels se croiseront dans ce laboratoire d’idées à ciel ouvert. La programmation, fidèle à l’exigence des éditions précédentes, mêlera conférences, représentations et remises de distinctions, tissant une trame dense où le passé interroge résolument le présent.
Au centre de cette effervescence, une conférence majeure, au titre évocateur « Napoléon et l’Afrique », s’annonce comme le pivot intellectuel du festival. Elle propose une plongée dans les méandres souvent occultés des relations entre l’Empire napoléonien et le continent africain. Il s’agira de décrypter les dynamiques géopolitiques lancées à cette époque, dont les ondes de choc sculptent encore, subtilement ou violemment, les réalités contemporaines. Une lecture essentielle, qui dépoussière les archives pour éclairer les défis d’aujourd’hui.
C’est dans ce contexte de relecture critique et féconde que le Prix Napoléon 2026 trouvera tout son sens. Cette distinction, créée pour honorer les contributions au rayonnement de l’histoire et de la culture françaises, couronnera cette année une personnalité à la trajectoire singulière : Michael Kazadi. Cet intellectuel et entrepreneur américain d’origine congolaise est récompensé pour son travail minutieux d’analyse et de transmission sur les liens entre Napoléon, l’Afrique et l’histoire mondiale. Son nom s’ajoute à un prestigieux panthéon où figurent Christian Clavier, Serge Lama ou l’historien Jean Tulard.
Qui est donc Michael Kazadi, entrepreneur congolais et penseur transatlantique ? Né aux États-Unis de parents de la République Démocratique du Congo, il a forgé dès l’enfance un attachement viscéral à la France, terre de ses premiers apprentissages scolaires. Cette affection n’a jamais cessé d’irriguer son parcours, fait de mobilité et d’engagements pluriels. Diplômé du prestigieux Terry College of Business, il a d’abord navigué dans les eaux de la multinationale Oracle Corporation, avant de répondre à l’appel des racines.
De retour à Kinshasa, il fonde la Société de Promotion Immobilière (SOPRIMMO), se confrontant aux défis urbains et sociaux de la mégapole congolaise par le développement de logements accessibles. Mais parallèlement à cette aventure entrepreneuriale, Michael Kazadi cultive un jardin intellectuel d’une rare densité. Son essai autobiographique « Que diront-ils de moi ? », publié aux Éditions Saint-Honoré, en est la cristallisation la plus aboutie. L’ouvrage, salué pour son approche transversale, explore avec exigence la figure de Napoléon, interrogeant l’héritage et la mémoire à travers le prisme d’une identité multiple, à la fois congolaise, américaine et francophile.
La remise du prix à Michael Kazadi, aux côtés d’autres lauréats tels qu’Yves Thréard du Figaro, Louis Sarkozy ou l’expert Pierre Branda, illustre la volonté du festival d’embrasser une diversité intellectuelle et générationnelle. Elle signe aussi une reconnaissance : celle d’une pensée hybride, capable de faire dialoguer les rives de l’Atlantique et les pages de l’Histoire avec les urgences du présent. Comment, en effet, comprendre le monde sans convoquer tous ses récits, sans écouter toutes ses voix ?
Le Festival Napoléon 2026 se pose ainsi en espace de convergence, où l’analyse rigoureuse rencontre la création artistique, où la France se réapproprie son histoire dans un dialogue sincère avec l’Afrique. Plus qu’un simple événement culturel, il devient une caisse de résonance pour les questionnements de notre époque. En honorant Michael Kazadi, c’est toute une méthodologie de la pensée complexe et engagée que l’on célèbre. Une manière de dire que l’héritage, pour être vivant, doit être sans cesse réinterprété, déplacé, enrichi par des regards nouveaux. Le Club de l’Étoile, en février, ne sera pas seulement un lieu de mémoire, mais un laboratoire vivant de l’avenir de nos mémoires partagées.
Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: Actualite.cd
