Une coalition d’organisations de la société civile vient de lancer un avertissement sévère, pointant du doigt des « risques sérieux de corruption » entourant des actifs miniers détenus par les géants Glencore et Orion. Ce document, adressé à la Corporation Financière de Développement International américaine (DFC), appelle à une extrême prudence avant tout soutien à un éventuel projet commun. Cette alerte intervient dans un contexte où la corruption minière en RDC demeure un frein majeur au développement équitable du secteur, pourtant pilier de l’économie nationale.
Le document rappelle avec force détails le lourd passif de Glencore. La multinationale anglo-suisse, propriétaire des mines de Kamoto Copper Company (KCC) et de Mutanda en République Démocratique du Congo, a été condamnée à une amende de plus de 150 millions de dollars par la justice suisse. Le verdict est sans appel : Glencore a été reconnue coupable de ne pas avoir empêché des faits de corruption impliquant son partenaire commercial Dan Gertler lors de l’acquisition de participations dans les mines de Mutanda et de Kansuki en 2011. Cet épisode s’inscrit dans une série plus large de déboires judiciaires. En 2022, le groupe a accepté de verser plus d’un milliard de dollars aux autorités américaines, britanniques et brésiliennes pour solder des accusations de corruption dans plusieurs pays, dont la RDC.
Les mécanismes de contournement déployés par l’entreprise sont également mis en lumière. Après l’imposition de sanctions américaines contre Dan Gertler, Glencore avait tenté de suspendre le versement de redevances liées à KCC et Mutanda pour éviter toute violation. Cependant, les paiements ont ultérieurement repris, cette fois-ci libellés en euros, soulevant des interrogations sur l’efficacité réelle des sanctions et la volonté des acteurs de rompre avec des pratiques opaques. Ces manœuvres illustrent la complexité et la résilience des circuits financiers liés à la corruption minière RDC, un défi de taille pour les régulateurs internationaux.
Le dossier ne se limite pas à Glencore. La coalition, s’appuyant sur une enquête menée en 2025 par la Plateforme pour la protection des lanceurs d’alerte en Afrique (PPLAAF), évoque le cas troublant du groupe Orion en Afrique, notamment en Guinée. Deux sociétés minières sous son contrôle, Alufer Mining et Bel Air Mining, ont été accusées en 2023 et 2024 de fraude, de mauvaise gestion et de corruption. Ces affaires en Guinée ont donné lieu à des amendes infligées par l’État guinéen et feraient toujours l’objet d’enquêtes. Cette réputation entachée pose une question fondamentale : comment un partenaire aux pratiques aussi controversées dans un pays peut-il garantir une intégrité irréprochable dans un autre, notamment en RDC ?
Face à ce constat, les organisations de la société civile sont on ne peut plus claires. Elles estiment que les sociétés concernées présentent des risques élevés de corruption et appellent la DFC à la prudence. Leur demande est double et constitue une condition sine qua non à leurs yeux. Premièrement, exiger la cession par Dan Gertler de ses actifs congolais, notamment ses droits à redevances sur KCC et Mutanda. Deuxièmement, mener une diligence raisonnable renforcée, approfondie et transparente avant tout engagement financier. Cette exigence de transparence radicale est-elle réaliste dans un secteur minier congolais souvent décrit comme une jungle ?
Les implications économiques de cette affaire sont considérables. La RDC, dont l’économie repose en grande partie sur ses ressources minières, ne peut se permettre que des projets structurants soient entachés par des scandales de corruption récurrents. Ces pratiques dévastatrices privent l’État de revenus essentiels, découragent les investisseurs intègres et perpétuent un cycle de pauvreté. L’appel à la prudence de la DFC n’est donc pas seulement un avertissement éthique ; c’est un impératif économique pour assurer une croissance inclusive et durable.
En conclusion, cette alerte de la société civile agit comme un puissant signal d’alarme pour tous les acteurs du secteur minier congolais et leurs partenaires financiers. Elle souligne la nécessité impérieuse de tourner la page des pratiques opaques associées à des figures comme Dan Gertler et de construire un nouvel écosystème basé sur la reddition des comptes. L’avenir du secteur minier en RDC, et par extension une part significative de sa prospérité économique, dépendra de la capacité des institutions et des investisseurs à imposer des standards de gouvernance irréprochables. Le choix de la DFC, dans ce dossier, sera scruté comme un test décisif de cette volonté de changement.
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
