« Je n’ai plus les moyens de prendre la route. À chaque coin, c’est un contrôle, une amende, une dispute. Alors mon taxi-bus reste au garage, et ma famille ne mange pas. » La voix tremblante de Joseph, chauffeur depuis quinze ans dans les artères de Kinshasa, résume le quotidien de milliers de conducteurs. La capitale congolaise vit au ralenti, étranglée par une vague de contrôles routiers d’une rigueur inédite. Les autorités provinciales, dans une logique affichée d’assainissement et de sécurité routière RDC, exigent désormais avec une inflexibilité totale le permis de conduire, l’assurance, la vignette et le contrôle technique. Mais sur le terrain, cette campagne se transforme en cauchemar pour la mobilité Kinshasa.
Le paysage urbain en témoigne : des avenues habituellement saturées de véhicules sont désormais partiellement désertes. Bus, taxis-bus et voitures particulières se font rares. Pourquoi une telle désertion ? La peur. La peur de se voir immobiliser son outil de travail, la peur de devoir payer des amendes salées pour un document manquant ou périmé, la peur des tracasseries administratives. « On nous dit que c’est pour notre sécurité, mais on a l’impression que c’est surtout pour nous sanctionner », lâche Marie, utilisatrice quotidienne des transports en commun Kinshasa. Beaucoup de propriétaires ont simplement décidé de laisser leur véhicule au parking, préférant renoncer à un revenu ou à un déplacement vital plutôt que de s’exposer à ces risques.
Les conséquences pour la population sont immédiates et lourdes. Aux arrêts de bus, la foule s’agglutine, impatiente et anxieuse, face à une offre de transport qui a fondu. La loi de l’offre et de la demande joue à plein : les quelques véhicules encore en circulation imposent des tarifs revus à la hausse, parfois du simple au double. Un trajet qui coûtait 500 francs congolais en exige maintenant 1000, plongeant les budgets des ménages déjà précaires dans une tension insoutenable. L’impact économique contrôles routiers est palpable au-delà du secteur des transports. Les livraisons sont retardées, les employés arrivent en retard au travail, les commerçants voient leur clientèle diminuer. La vie sociale et économique de Kinshasa, habituellement trépidante, semble comme frappée de stupeur.
Cette situation pose une question fondamentale : jusqu’où peut-on aller dans la rigueur administrative sans étouffer la ville ? Les autorités défendent leur action, nécessaire selon elles pour mettre de l’ordre dans un secteur souvent anarchique et réduire le nombre d’accidents. Personne ne conteste l’objectif de sécurité routière RDC. Mais la méthode interroge. La fréquence et la sévérité des contrôles routiers Kinshasa sont-elles proportionnées ? Ne créent-elles pas un climat de défiance et de résistance passive, contre-productif à terme ? La peur des amendes pousse-t-elle réellement à la mise en règle, ou simplement à la paralysie ?
Dans les quartiers, le ressentiment grandit. Les conducteurs se sentent pris en étau entre une obligation de travailler et un système perçu comme prédateur. « Ils veulent que tout soit en règle, mais ils savent très bien que pour beaucoup, renouveler un contrôle technique ou une assurance représente plusieurs mois de salaire », explique un leader d’association de chauffeurs. Le risque est de voir se creuser un fossé entre une minorité capable de se mettre en conformité et une majorité contrainte à l’immobilité, exacerbant les inégalités d’accès à la ville.
La crise de mobilité Kinshasa révélée par ces contrôles routiers intensifs est un symptôme d’un défi plus large : comment moderniser et réguler le transport dans une mégapole sans sacrifier l’accès pour le plus grand nombre ? L’enjeu est de trouver un équilibre entre la nécessaire sécurisation des routes et la fluidité vitale pour l’économie et la vie sociale. Une application stricte mais progressive, accompagnée de campagnes d’information et peut-être d’aides à la mise en conformité, pourrait être une piste. Pour l’heure, Kinshasa retient son souffle, entre peur du gendarme et peur de ne plus pouvoir circuler. Le véritable test sera de voir si cette politique aboutit à des routes plus sûres sans que la ville ne s’arrête de battre.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
