Une coalition de plus de vingt organisations de la société civile du Nord-Kivu a lancé un appel pressant, ce vendredi 6 février, pour une révision immédiate de la liste des bénéficiaires d’un programme économique crucial. Leur cible ? Le territoire de Walikale, une zone stratégique mais récurrente grande absente des plans de relance. Dans une correspondance officielle adressée aux ministères de l’Économie nationale et de l’Agriculture, ces acteurs de la défense des droits humains et de l’environnement dénoncent une exclusion qui sape le développement provincial.
Cette démarche fait suite à une note circulaire datée du 28 janvier, annonçant la signature d’un protocole d’accord entre les deux ministères. L’objectif déclaré est de lancer des interventions économiques d’urgence pour booster la production de cultures vivrières de base, à savoir le maïs, le haricot et la pomme de terre. Pourtant, le découpage territorial des bénéficiaires semble ignorer délibérément un acteur agro-économique de poids.
Le coordonnateur de l’ONG Les Écologistes, Prince Kihangi Kyamwami, l’un des signataires, ne décolère pas. « Dois-je rappeler qu’au-delà des ressources minières, le sol de Walikale est très fertile pour développer plusieurs cultures dont le maïs, les haricots, le blé, le sorgho, l’arachide, la pomme de terre, la patate douce et le palmier à huile », a-t-il martelé. Il précise également que le climat y est propice à des cultures de rente comme le cacao, le café, le thé et le quinquina. Ces potentialités agricoles Nord-Kivu sont-elles donc si facilement négligeables ?
Cette omission, qualifiée de « délibérée » par les organisations, n’est malheureusement pas un cas isolé. Elle s’inscrit dans une fâcheuse tradition d’oubli systémique. Walikale a déjà été exclu du projet d’appui au secteur agricole du Nord-Kivu ainsi que du célèbre couloir vert Kivu–Kinshasa. Un paradoxe criant pour un territoire souvent considéré comme le poumon vert de la région. Cette marginalisation répétée prive la province d’un levier de croissance majeur et entretient un déséquilibre territorial préjudiciable à la cohésion économique.
Les conséquences de cette exclusion sont palpables. En privant Walikale de ces programmes d’intervention économique urgence, c’est toute une chaîne de valeur agricole qui est étouffée dans l’œuf. L’absence de soutien à la production limite les surplus commercialisables, maintient les producteurs dans une économie de subsistance et freine la création d’emplois locaux. Dans un contexte national où la sécurité alimentaire est une priorité, passer à côté d’un tel réservoir de productivité relève d’un contresens stratégique.
Au total, ce sont 25 organisations droits humains RDC et environnementales qui ont uni leurs voix pour cette requête. Leur plaidoyer repose sur un argumentaire économique solide : l’inclusion de Walikale n’est pas une faveur, mais un impératif pour l’équilibre et la performance du programme économique provincial. Intégrer ce territoire, c’est tirer parti d’un atout comparatif indéniable et diversifier les sources de croissance, réduisant ainsi la vulnérabilité de la province aux chocs externes.
L’avenir de la filière agricole au Nord-Kivu se joue en partie dans cette capacité à corriger les erreurs d’aiguillage. Les ministères concernés sauront-ils écouter cet appel raisonné et rectifier la liste des territoires bénéficiaires ? La balle est désormais dans leur camp. Une réponse positive ne serait pas seulement un acte de justice territoriale, mais un signal fort en faveur d’une planification économique plus inclusive et donc, plus efficace. L’intégration de Walikale pourrait bien être le catalyseur qui permettrait au programme d’intervention de dépasser ses objectifs initiaux et de générer un impact transformateur pour l’ensemble de la province.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
