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Nord-Kivu : plus de 100 000 enfants sans acte de naissance, une bombe à retardement sociale

« A l’heure où je vous parle, nous avons un problème de coupure de registres depuis trois ans, et les mamans ne cessent de mettre au monde. Les enfants sont là, ils naissent jour après jour, et maintenant, que faire ? » La voix de Kavira Kanzira Darlene, préposée à l’état civil, est empreinte d’une frustration palpable. Ce témoignage, livré lors d’un atelier à Beni, résume le drame silencieux qui frappe le Nord-Kivu. Plus de cent mille enfants grandissent sans la moindre trace officielle de leur existence, privés du premier droit fondamental : celui d’avoir une identité.

Dans les zones de Beni, Butembo et Lubero, le simple formulaire d’un acte de naissance est devenu une denrée rare. L’administration, à bout de souffle, fonctionne avec des moyens de fortune. « Nous procédons à l’enregistrement dans des registres bleus, sans déclaration officielle », confie Kavira Kanzira Darlene. Une pratique informelle qui laisse ces milliers de naissances dans un vide juridique inquiétant. Comment l’état civil Nord-Kivu a-t-il pu en arriver à une telle paralysie ? La réponse se niche dans un cocktail de négligence administrative, d’insécurité chronique et de manque criant de ressources. Les conséquences, elles, sont déjà visibles et dévastatrices.

Prenez la chefferie des Bashu. Là, plus de 25 000 âmes n’ont aucune existence légale. Un peu plus loin, dans le secteur des Ruwenzori, ce sont plus de 35 000 enfants sans identité qui errent dans les limbes administratifs. Ces chiffres, vertigineux, dessinent les contours d’une catastrophe sociale. Sans extrait de naissance, point de scolarité officielle, point d’accès aux soins de santé structurés, point de possibilité de passer des examens d’État. À l’âge adulte, ces citoyens fantômes seront exclus de la vie nationale : pas de carte d’électeur, pas de compte bancaire, pas de mariage civil. Ils sont condamnés à l’invisibilité, premières victimes potentielles de l’apatridie RDC.

Face à cette urgence, les préposés de l’état civil, en première ligne, sonnent l’alarme. L’atelier de plaidoyer organisé le 5 février à Beni Butembo par le Conseil norvégien pour les réfugiés (NRC) a servi de cri du cœur. Ils interpellent l’État, seul habilité à fournir les registres officiels. Jean-Paul Kahindo, bourgmestre de la commune de Bulongo, rappelle la loi avec fermeté : « C’est la charge exclusive de l’État de garantir la disponibilité de ces registres. » Il appelle aussi les parents à ne pas baisser les bras, à continuer de se présenter malgré tout. Un discours de résistance, alors que les bureaux sont vides de tout document valide.

Mais au-delà des appels, une question cruciale se pose : que fabrique-t-on d’une génération entière sans papiers ? Le risque est de créer une classe marginale, facilement exploitable, sans attache avec l’État de droit. Dans une région déjà minée par les conflits, cette faille dans le lien social est une poudrière. L’enjeu dépasse la simple paperasse ; il touche à la cohésion nationale et à la paix future. Le projet du NRC, qui vise à faciliter l’accès à la documentation et à prévenir l’apatridie, est une bouée de sauvetage. Mais il ne peut se substituer à l’action ferme et durable des autorités congolaises.

La situation au Nord-Kivu met en lumière une tragédie administrative qui vole l’enfance et l’avenir de dizaines de milliers de Congolais. Chaque jour sans solution aggrave le problème. Les registres bleus et les déclarations de bonne volonté ne suffiront pas. Il faut une mobilisation générale, un approvisionnement régulier en matériel, et une volonté politique inébranlable pour que chaque enfant de Beni Butembo, de Lubero ou d’ailleurs, puisse enfin dire : « J’existe, et ma nation me reconnaît. » Le compte à rebours est lancé, et l’héritage de cette génération oubliée pèsera lourd dans la balance de l’histoire congolaise.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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