Cette semaine, la République démocratique du Congo a vu s’accentuer l’impasse politique sur fond de désastre sécuritaire croissant à l’Est. Alors que la communauté internationale multiplie annonces et sommations, le dialogue national est enlisé, laissant le pays à la merci de la violence, du désespoir humanitaire et de la défiance. Notre avenir collectif est en jeu.
Rarement les urgences nationales n’auront été aussi visibles, et aussi ignorées. Tandis que le pouvoir et les principales oppositions campent sur des exigences de forme pour la tenue d’un dialogue inclusif, la population congolaise paie au quotidien le prix de ce blocage politique. Les chiffres font froid dans le dos : plus de 5,3 millions de déplacés internes selon l’OCHA, un million rien qu’à Fizi ces derniers jours, tandis que des localités entières fuient à chaque annonce d’une nouvelle avancée armée.
Le constat est implacable : les récents mécanismes de cessez-le-feu, signés dans l’euphorie diplomatique (Doha, Washington), n’ont pas ralenti la spirale des combats. L’ONU avoue elle-même son impuissance, cantonnée au rôle logistique, pendant que rebelles et groupes armés multiplient attaques et exactions. Les frappes de drones à Kisangani et les multiples massacres de civils à Lubero, Walese Vonkutu ou Mulolya ne sont que la face la plus médiatique d’une insécurité profonde et chronique, au Sud-Kivu, en Ituri ou au Nord-Kivu.
Sur le front diplomatique et politique, la semaine a également été marquée par un raidissement inédit. D’un côté, Kinshasa exige un dialogue sans groupes armés et sous ses conditions, tandis qu’une large partie de l’opposition et de la société civile (Kabund, Fayulu, CENCO-ECC) réclament une facilitation neutre et une plus grande inclusivité. L’exclusion des voix rebelles risque d’alimenter le cycle du ressentiment et de bloquer la construction d’une paix durable. Sur la scène internationale, la tension monte : Washington évoque désormais des sanctions contre Kigali, sous pression d’une offensive rwandaise persistante, tandis que la CIRGL et l’Union Africaine appellent à des avancées concrètes—sans que cela ne se traduise pour l’instant en sécurisation effective du terrain ou en amélioration humanitaire pour les populations.
Autre conséquence : les finances publiques, déjà fragilisées, plient sous le coût exponentiel de la guerre, freinant réformes économiques et investissements-clés. Surtout, le sentiment d’abandon progresse au sein des populations, qui voient se multiplier incendies, crises sanitaires (Mpox, choléra, malnutrition) et effondrement des infrastructures, sans réponse politique ou opérationnelle en phase avec l’urgence. Cette colère grandissante alimente la défiance institutionnelle et fait le jeu des fauteurs de guerre et de ceux qui profitent de la décrépitude de l’État de droit.
À quoi bon multiplier conférences et accords internationaux s’ils ne desserrent pas l’étau sur nos citoyens, ni ne changent la donne sur le terrain ? Plus que jamais, la nation appelle à une sursaut d’unité et de responsabilité – du sommet de l’État à la base citoyenne. Il est temps que les lignes rouges cessent de protéger les intérêts des factions pour sauver ce qu’il reste de notre bien commun : la paix, la dignité et l’espoir. Refusons l’habitude de l’échec. Exigeons la transparence, l’inclusion et le courage politique à tous les étages. Car c’est tout le Congo qui attend des actes enfin à la hauteur de ses souffrances.
— La Rédaction de CongoQuotidien
