L’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS/TSHISEKEDI) peut-elle, par une simple séance de communication, rassurer à la fois sa base militante et l’opinion nationale sur des dossiers aussi brûlants que la diplomatie présidentielle et la sécurité précaire de l’Est ? C’est le pari que s’apprête à relever la direction du parti ce samedi 7 février, en conviant militants et professionnels des médias à son siège national de Limete. Dans un contexte politique où chaque prise de parole est disséquée, cette rencontre orchestrée par l’intérimaire Augustin Kabuya s’annonce comme une manœuvre à plusieurs étages, visant autant à consolider le narratif du pouvoir qu’à éteindre quelques feux naissants.
Au cœur des discussions, les récents déplacements officiels du Président Félix Tshisekedi à Dubaï et aux États-Unis seront présentés comme des succès diplomatiques majeurs pour le rayonnement de la diplomatie RDC. La présidence de l’UDPS entend capitaliser sur ces missions, les érigeant en preuve d’une influence internationale retrouvée et d’une défense active des intérêts nationaux. Cependant, au-delà des communiqués triomphants, l’analyse devra s’attarder sur la traduction concrète de ces voyages en investissements ou en soutiens politiques tangibles pour Kinshasa. La diplomatie RDC sous Tshisekedi joue-t-elle véritablement dans la cour des grands, ou se contente-t-elle d’accumuler les protocoles et les photographies officielles ?
Sur le front interne, l’organisation du prochain congrès extraordinaire du parti figurera également à l’ordre du jour. Cette annonce, routine en apparence, recèle des enjeux de pouvoir non négligeables. Alors que l’UDPS, machine de guerre électorale du président, doit maintenir son unité, la préparation d’un tel conclave suscite toujours des remous et des calculs d’appareil. La direction parviendra-t-elle à verrouiller le processus pour en faire une simple cérémonie d’allégeance, ou laissera-t-elle poindre des débats qui pourraient fissurer la façade d’un parti toujours en quête d’un équilibre entre héritage et renouveau ?
Mais le sujet qui captive le plus l’attention, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des frontières, reste la sécurité Est Congo. La persistance des violences armées dans cette région, malgré les déclarations volontaristes et les changements d’alliances militaires, constitue une épine politique lancinante pour le pouvoir. L’UDPS, par la voix de ses responsables, se doit d’apporter un éclairage, voire des assurances, sur la stratégie gouvernementale. Va-t-on assister à une simple réaffirmation de la fermeté de l’État, ou à l’esquisse d’une nouvelle approche ? Dans un dossier où les échecs successifs pèsent lourdement sur la crédibilité des autorités, la communication doit dépasser le stade incantatoire pour proposer une vision plausible de la sortie de crise.
Enfin, cette tribune sera l’occasion pour la présidence du parti de régler quelques comptes politiques. Elle promet des « clarifications » cinglantes concernant des déclarations attribuées à l’ancien Premier ministre Augustin Matata Ponyo et diffusées par TV5 Monde, qualifiées sans ambages de « mensongères ». Cette mise au point publique, qui s’étendra même à un message privé supposément destiné au Chef de l’État, révèle les tensions latentes au sein de l’ancienne majorité et la volonté de l’UDPS de contrôler strictement le récit politique. Faut-il y voir une opération de salubrité publique ou une manœuvre préventive pour discréditer une voix dissonante ? Le ton employé samedi donnera la mesure de l’irritation du parti présidentiel.
Au total, cette séance de communication de l’UDPS dépasse largement le cadre d’une simple réunion d’information. Elle s’apparente à un exercice de reconquête narrative dans un paysage complexe. Entre la nécessité de valoriser une action diplomatique encore perçue comme évanescente par une partie de la population, la gestion des dissensions internes, la réponse aux angoisses légitimes sur la sécurité Est Congo, et le règlement de polémiques médiatiques, l’équipe d’Augustin Kabuya marche sur un fil. La réussite de cet exercice ne se mesurera pas aux applaudissements des militants présents à Limete, mais à la capacité du parti à transformer ces paroles en actions perceptibles, seul remède à la défiance qui guette. Le président Félix Tshisekedi, en pilote de cette diplomatie RDC ambitieuse, joue également son crédit politique dans la manière dont son parti défendra son bilan. L’UDPS parviendra-t-elle à être plus qu’un haut-parleur et à incarner un véritable projet pour une nation en attente ?
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: mediacongo.net
