Kinshasa, la capitale congolaise, se prépare à vibrer au rythme d’une rencontre culturelle d’exception. Du 13 au 22 février prochain, la ville ouvre grand ses bras au volet local de la première édition du festival international Haïti 221. Plus qu’une simple série d’événements, cette manifestation se présente comme une nécessité historique, une tentative poétique de renouer les fils d’une mémoire commune longtemps distendue par l’océan Atlantique. Comment deux géants de la résistance et de la création afro-descendante peuvent-ils se redécouvrir et s’enrichir mutuellement ? Le festival ambitionne d’être le catalyseur de ce dialogue Sud-Sud, un espace où les héritages entrelacés d’Haïti et de la République démocratique du Congo se donneront à voir, à entendre et à penser.
Conçu comme un véritable laboratoire d’échanges artistiques, intellectuels et mémoriels, le festival Haïti 221 à Kinshasa déploie une programmation aussi dense que variée. Elle se décline en une constellation d’activités pluridisciplinaires : conférences-débats pour décrypter les trajectoires historiques croisées, projections de films pour explorer les imaginaires, ateliers d’écriture et de cinéma pour fertiliser la création contemporaine, et rencontres professionnelles pour construire des ponts durables. Chacune de ces propositions cherche à dépasser le simple spectacle pour engager une réflexion profonde sur les identités, les résistances et les formes de beauté nées de l’épreuve coloniale et de la lutte pour la dignité.
Le coup d’envoi de cette aventure sera donné en musique, le jeudi 12 février à 18h, au Tarmac des auteurs, dans la commune de Kintambo. La scène promet d’être incandescente, portée par la rencontre entre le célèbre rappeur et écrivain haïtien Jean D’Amerique et une pléiade de talents congolais. La rappeuse B. Grâce, la chanteuse Anita Mobando, l’artiste Margoss et la performeuse Sarah Ndele partageront cette soirée d’ouverture, offrant une première incandescence de ce que peut produire la fusion des énergies créatrices de part et d’autre de l’Atlantique. Ce concert inaugural n’est pas qu’un prélude ; il est la promesse tangible d’un dialogue qui se veut concret, sensoriel et immédiat.
Au-delà de la fête, l’événement culturel Kinshasa que représente ce festival pose des questions fondamentales. Quel langage commun peuvent inventer deux peuples qui ont, chacun à leur manière, marqué l’histoire de la lutte contre l’oppression et façonné une culture d’une richesse inouïe ? Les échanges culturels Haïti-RDC portent en eux l’espoir d’une relecture de l’histoire mondiale depuis le Sud, loin des récits dominants. Les ateliers et conférences seront autant d’occasions de déconstruire les récits imposés et de co-écrire de nouvelles pages, où la fraternité et la créativité l’emportent sur les traumatismes.
Le festival international Haïti 221, par son implantation kinoise, affirme une volonté de rendre ce dialogue accessible au plus grand nombre. Il s’offre comme un cadeau à la population, un espace de respiration et de fierté. Dans une ville qui pulse au rythme de l’Afrique, ces jours dédiés à la rencontre avec la première République noire du monde résonnent avec une force symbolique particulière. Ils rappellent que les luttes pour la liberté et la reconnaissance sont interconnectées, et que la culture en est le vecteur le plus puissant.
En définitive, cette première édition du festival Haïti 221 à Kinshasa est bien plus qu’un agenda culturel. Elle est un acte de foi dans la capacité des peuples à se reconnaître et à se projeter ensemble. Alors que les artistes et intellectuels haïtiens et congolais se rencontrent, c’est tout un champ des possibles qui s’ouvre. Leurs créations, imprégnées des douleurs et des espoirs de leurs sociétés, pourraient bien donner naissance à de nouveaux récits, à de nouvelles formes de solidarité. Le festival s’achèvera le 22 février, mais l’impulsion qu’il veut créer, elle, aspire à durer bien au-delà, poursuivant ce nécessaire et vibrant dialogue Sud-Sud culture.
Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: Actualite.cd
