L’odeur de l’antiseptique ne parvient pas à masquer celle de la souffrance. Dans un hôpital surchargé de Lubero, un homme, dont le regard fuit le plafond fissuré, murmure : « Ils ont tout pris. Ma famille, ma maison, et maintenant, même l’argent pour mes soins s’est envolé. » Son histoire n’est pas un cas isolé. Elle résume le calvaire de dizaines de rescapés des récents massacres perpétrés par les ADF dans le Nord-Kivu, abandonnés à leur sort avec des blessures à vif et des factures médicales exorbitantes. Face à cette urgence humanitaire qui frappe les secteurs de Bapere et la chefferie des Baswagha, l’ONG Fédération intègre pour la reconstruction et le développement (FIRD) lance un cri du cœur.
La campagne solidarité FIRD, baptisée « Sauvons les rescapés des massacres des ADF », a un objectif clair et urgent : mobiliser plus de 70 000 dollars américains. Cet argent représente une bouée de sauvetage pour plus de 80 personnes dont la vie a basculé dans l’horreur. Comment une communauté peut-elle se relever lorsque ses membres les plus vulnérables, les blessés et les orphelins, sont laissés sans secours ? La réponse de la FIRD est un appel à la mobilisation collective face à l’indifférence.
Le bilan dressé par l’organisation est lourd et parle de chair meurtrie et d’avenirs brisés. Plus de trente blessés graves sont internés dans des structures sanitaires précaires, leur guérison suspendue au paiement de soins souvent inaccessibles. « Pour les blessés massacres Bapere, il y en a qui ont des factures de 2 000 ou 3 000 dollars. Cette campagne vise à collecter des fonds pour répondre à un besoin sanitaire d’urgence », explique Zaidel Ngolo, coordonnateur de la FIRD. Certains cas nécessitent même des transferts vers des centres spécialisés, voire des soins à l’étranger, une perspective financièrement vertigineuse pour des familles déjà anéanties.
Derrière les chiffres, il y a des visages. Celui d’un père amputé, incapable de subvenir aux besoins de sa famille. Celui d’une mère disparue dans l’attaque, laissant derrière elle des enfants en lambeaux. L’ONG recense ainsi plus de quarante orphelins attaques Baswagha, jetés dans un deuil traumatique sans filet de sécurité sociale. Quelle perspective offre-t-on à un enfant qui a tout perdu dans la violence des massacres ADF Lubero ? Cette question hante les humanitaires sur le terrain.
La campagne solidarité FIRD n’est donc pas qu’une collecte de fonds. C’est un acte de résistance contre l’oubli. Elle s’adresse à la conscience des particuliers, des entreprises et de toutes les personnes de bonne volonté. Dans une région où l’État semble souvent absent, la solidarité citoyenne devient le dernier rempart contre la détresse absolue. Sauver ces vies, c’est aussi préserver les derniers liens d’une communauté disloquée par la terreur.
L’urgence humanitaire Nord-Kivu a de multiples visages : celui de la maladie, de la faim, du déplacement. Mais le visage des rescapés oubliés, grevés de dettes pour le simple droit de guérir, est peut-être l’un des plus criants d’injustice. La campagne de la FIRD pose une question fondamentale : jusqu’où peut-on laisser la précarité économique aggraver les séquelles de la violence ? La réponse se construira, dollar après dollar, dans la capacité de la société à tendre la main à ses membres les plus meurtris. L’enjeu dépasse la simple charité ; il touche à la reconstruction même du tissu social dans l’est de la RDC. Le temps presse, car pour de nombreux blessés, chaque jour sans soin approprié est une condamnation à la douleur chronique ou au handicap. La solidarité n’est plus une option, mais une nécessité vitale.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
