23.2 C
Kinshasa
vendredi, février 6, 2026

Toute l'Actualité RDC, en Direct et en Détail

AccueilActualitéEducationGrève enseignants Beni : reprise scolaire fragile à Mutwanga et Mwenda

Grève enseignants Beni : reprise scolaire fragile à Mutwanga et Mwenda

Dans les écoles de Mutwanga et Mwenda, au cœur du territoire de Beni dans le Nord-Kivu, les bancs de classe se remplissent à nouveau depuis ce lundi, mais une atmosphère d’incertitude persiste. Cette reprise scolaire, aussi timide que fragile, intervient après deux longues semaines de suspension totale des cours. Comment une telle interruption a-t-elle pu se produire, et que révèle-t-elle des tensions profondes au sein du système éducatif en République Démocratique du Congo ?

La réponse réside dans un mouvement de grève lancé par les enseignants du secteur de Ruwenzori. Ce conflit social, qui a paralysé les apprentissages, trouve son origine dans un drame survenu il y a quelques semaines. Un élève a perdu la vie après avoir subi une sanction corporelle infligée par un enseignant, puis être tombé gravement malade. Suite à ce tragique événement, deux enseignants ont été interpellés et placés en détention à la prison de Kangbayi, dans la ville de Beni. Pour exiger leur libération, le corps enseignant a décidé de cesser le travail, plongeant ainsi les écoles de Mutwanga et Mwenda dans le silence.

La grève des enseignants à Beni aura donc duré deux semaines, une période durant laquelle des centaines d’élèves se sont retrouvés privés de leur droit fondamental à l’éducation. Face à cette situation, les autorités provinciales en charge de l’éducation sont intervenues, promettant de prendre en main le dossier et de travailler à une résolution. C’est sur la base de ces engagements que les syndicats d’enseignants ont décidé de suspendre – et non de lever – leur mouvement. Ainsi, la reprise des cours n’est pas un retour à la normale, mais une trêve précaire, conditionnée par l’évolution de la procédure judiciaire et par la concrétisation des promesses des responsables.

Mais cette suspension de la grève suffira-t-elle à rassurer les acteurs de l’éducation ? Les enseignants, premiers concernés, restent sur le qui-vive. Ils attendent désormais des actes concrets, notamment la libération de leurs collègues détenus et une clarification sur les circonstances du décès de l’élève. Leur colère et leur inquiétude sont compréhensibles : être criminalisés pour des pratiques disciplinaires, aussi condamnables soient-elles, pose la question du soutien et de la protection dont bénéficient les éducateurs dans l’exercice de leur métier, souvent dans des conditions extrêmement difficiles.

Pour les élèves et leurs parents, cette période de turbulence scolaire dans le Nord-Kivu est source d’angoisse. La suspension des cours, même temporaire, creuse les inégalités et compromet l’année académique. Dans une région déjà éprouvée par l’insécurité, l’école représente un sanctuaire, un espoir d’avenir. Chaque jour perdu est une opportunité en moins pour ces jeunes de bâtir leur avenir. La fragilité de la reprise actuelle menace donc directement la continuité pédagogique et le moral des communautés éducatives de Mutwanga et Mwenda.

Au-delà du cas spécifique, cet épisode met en lumière les défis structurels de l’éducation en RDC. Les conflits entre enseignants et autorités, les conditions de travail précaires, le manque de dialogue social, et parfois la judiciarisation de différends pédagogiques, sont autant de facteurs qui déstabilisent le secteur. La recherche d’équilibre entre discipline scolaire, respect des droits de l’enfant et protection des droits des enseignants est un exercice complexe, qui nécessite des cadres clairs et un accompagnement institutionnel robuste.

Aujourd’hui, l’attention est braquée sur les autorités provinciales. Tenir leurs engagements sera crucial pour éviter une nouvelle rupture et une reprise de la grève des enseignants à Beni. La balle est dans leur camp : il s’agit de démontrer que la justice peut fonctionner de manière équitable sans sacrifier le droit à l’éducation, et que le dialogue prévaut sur la confrontation. L’avenir de centaines d’élèves dans le secteur de Ruwenzori en dépend.

En conclusion, la timide reprise scolaire à Mutwanga et Mwenda est un baromètre des tensions qui traversent l’éducation en République Démocratique du Congo. Elle rappelle que derrière les statistiques de scolarisation, se jouent des drames humains, des conflits sociaux et des enjeux de gouvernance. Pour que les salles de classe redeviennent des lieux d’épanouissement et non de crispation, une réponse globale, juste et rapide s’impose. L’éducation en RDC mérite mieux que des solutions temporaires ; elle exige des fondations solides, bâties sur le dialogue, le respect et la priorité accordée à l’intérêt supérieur de l’enfant.

Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: radiookapi.net

Commenter
Yvan Ilunga
Yvan Ilunga
Né à Lubumbashi, Yvan Ilunga est un passionné de la richesse culturelle du Congo. Expert en éducation et en musique, il vous plonge au cœur des événements culturels tout en mettant en lumière les initiatives éducatives à travers le pays. Il explore aussi la scène musicale avec une analyse fine des tendances artistiques congolaises, faisant d’Yvan une véritable référence en matière de culture.
Actualité Liée

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici


Actualité Populaire Liée

Actualité Populaire RDC

Résumé de l'actualité quotidienne

Le Brief du Jour du 05 Février 2026

Découvrez l’essentiel de l’actualité du 5 février 2026 : pillage minier record estimé à 2 milliards de dollars, crise humanitaire inédite avec 5,3 millions de déplacés, partenariat minier RDC-USA, tensions politiques et menaces sécuritaires à l’est, soutien international conditionné, Kinshasa asphyxiée par les inondations, et insécurité persistante à Mambasa. Un condensé pour tout comprendre en 3 minutes.

Derniers Appels D'offres

Derniers Guides Pratiques