Alors que la République Démocratique du Congo célèbre la Journée mondiale de lutte contre les mutilations génitales, un cri d’alarme poignant est lancé depuis l’Est du pays. Les mutilations génitales féminines en RDC ne sont pas un vestige du passé, mais une violence bien actuelle, exacerbée par le conflit et l’instabilité. La directrice de la Fondation Biesther, Mignone Zaina Chaupanga, tire la sonnette d’alarme sur une situation qui menace directement l’intégrité et la vie de milliers de femmes et de jeunes filles.
Mais qu’est-ce qui rend cette pratique si dangereuse, au-delà de l’acte en lui-même ? Les conséquences, souvent méconnues ou minimisées, sont multiples et dévastatrices. Imaginez des douleurs aiguës et persistantes, des infections à répétition, des complications obstétricales mettant en péril la vie de la mère et de l’enfant lors des accouchements. À ces séquelles physiques s’ajoutent des traumatismes psychologiques profonds – anxiété, dépression, sentiment de honte et d’infériorité – qui peuvent hanter une femme toute sa vie. Cette violation corporelle constitue une atteinte irréversible au bien-être et une grave entrave au droit fondamental à la santé et à l’autonomie.
Le contexte particulier des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, en proie à une insécurité persistante, agit comme un catalyseur des violences basées sur le genre. Dans ces régions, les déplacements forcés de populations, la pauvreté endémique et la déscolarisation massive des filles créent un terrain extrêmement fertile pour ces pratiques. Les mécanismes traditionnels de protection communautaire sont affaiblis, laissant les enfants, particulièrement les jeunes filles, dans une vulnérabilité accrue. Ces mutilations sont alors perpétrées dans l’ombre et le silence, loin des regards et des interventions possibles.
Pourtant, il est crucial de le rappeler : les mutilations génitales féminines sont interdites par la loi congolaise. Elles sont reconnues comme une violation grave des droits humains. Alors, comment briser ce cycle de violence et de silence ? La réponse de la Fondation Biesther, engagée dans la protection des femmes dans l’Est Congo, est claire : la mobilisation de toute la société est impérative. « Nous lançons un appel solennel à tous : parents, leaders communautaires, chefs coutumiers, responsables religieux et membres de la communauté, dites non à ces pratiques et engagez‑vous activement pour leur disparition », exhorte Mignone Zaina.
Cet appel va de pair avec un message fort adressé aux victimes : parler est le premier pas vers la guérison et la protection. Chaque dénonciation, chaque signalement, est une opportunité de sauver une vie et de sécuriser l’avenir d’une jeune fille. Briser la loi du silence qui entoure ces crimes est un acte de courage et de responsabilité collective. La lutte contre les mutilations génitales ne peut être l’affaire des seules organisations de défense des droits ; elle doit devenir une priorité partagée par toutes les couches de la société congolaise.
L’action de la Fondation Biesther au Nord-Kivu, axée sur l’autonomisation économique des femmes, l’accompagnement psychosocial et la promotion de leurs droits, montre la voie. Il s’agit d’une approche holistique qui combat à la fois les causes et les conséquences de ces violences. Renforcer l’indépendance économique des femmes, c’est leur donner les moyens de refuser des pratiques néfastes. Leur offrir un soutien psychosocial, c’est les aider à se reconstruire et à retrouver leur dignité.
En cette journée de sensibilisation, le message est on ne peut plus clair : la protection des femmes et des filles contre les mutilations génitales dans l’Est de la RDC est une urgence absolue. Elle requiert une vigilance de tous les instants, une éducation continue des communautés et un renforcement des systèmes judiciaires pour que la loi soit appliquée. Chacun, à son niveau, a un rôle à jouer pour que ces pratiques barbares appartiennent définitivement au passé et que l’avenir des filles congolaises soit préservé de toute mutilation, physique ou psychologique.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
