Alors que l’administration publique congolaise vit une période de mouvements parmi ses hauts cadres, une nomination passe presque inaperçue, mais pourrait pourtant avoir un impact majeur sur l’avenir de millions d’élèves. Hubert Kimboza reste en poste à la tête de l’Inspection générale de l’Éducation nationale, une décision officialisée ce jeudi 5 février à Kinshasa. Cette reconduction, loin d’être une simple formalité, interroge sur la trajectoire d’un secteur en pleine turbulence.
La cérémonie de réinstallation, présidée par l’Inspecteur général de la Fonction publique, a donné le ton. Hubert Kimboza a présenté sa feuille de route, axée sur la réforme, la modernisation et la bonne gouvernance. Dans un discours rapporté, le patron de l’Inspection a promis de « travailler en collaboration avec l’ensemble des agents, cadres et partenaires éducatifs ». Mais derrière ces belles intentions, que signifie réellement cette reconduction pour une Éducation nationale congolaise à la croisée des chemins ?
Le contexte est pour le moins critique. Alors que de nouveaux secrétaires généraux et inspecteurs généraux sont nommés, d’autres sont remerciés ou mutés. La permanence d’Hubert Kimboza à ce poste stratégique envoie-t-elle un signal de stabilité ou de continuité dans les politiques éducatives ? La question mérite d’être posée, surtout lorsque l’on observe le terrain. Dans plusieurs provinces, des voix s’élèvent, non pas pour discuter de réforme, mais pour réclamer le simple paiement d’arriérés de salaire. Comment concilier une vision de modernisation avec cette urgence sociale qui mine le moral et l’efficacité des enseignants ?
La réforme de l’éducation en RDC est un chantier colossal. Elle touche à la qualité des apprentissages, à la formation des enseignants, à la gestion des infrastructures et, in fine, à l’avenir de toute une génération. L’Inspection générale de l’Éducation nationale, sous la direction d’Hubert Kimboza, se trouve en première ligne. Son rôle de contrôle, d’évaluation et de proposition est fondamental pour « consolider les acquis », comme il l’a lui-même affirmé. Mais quels sont ces acquis ? Et face à des défis aussi pressants, une simple promesse de collaboration suffira-t-elle ?
Les partenaires éducatifs, qu’ils soient syndicaux, associatifs ou internationaux, attendront des actes concrets. La bonne gouvernance promise passera nécessairement par une transparence accrue dans la gestion des ressources et par un dialogue constructif avec tous les acteurs. La question des arriérés de salaire n’est pas un détail ; elle est le symptôme d’une gestion parfois défaillante qui peut compromettre toute tentative d’amélioration du système. Ignorer cette réalité sociale, c’est prendre le risque de voir les plus belles réformes rester lettre morte.
La reconduction de Hubert Kimboza ouvre donc une nouvelle séquence. Elle peut être l’occasion d’une impulsion forte pour un secteur en souffrance. Pour cela, il faudra dépasser les discours et s’attaquer aux problèmes de fond avec pragmatisme et détermination. L’enjeu est de taille : bâtir une éducation de qualité, accessible à tous, et capable de relever les défis du développement de la RDC. Le temps des promesses est révolu ; place maintenant à l’action et aux résultats tangibles. La communauté éducative tout entière, des bureaux de Kinshasa aux salles de classe les plus reculées, observera avec attention les premiers pas de cette nouvelle mandature.
Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: radiookapi.net
