Une délégation bipartisane de poids du Sénat américain a reçu ce mardi le président Félix Tshisekedi à Washington. Cette rencontre, entre les sénateurs Jim Risch et Jeanne Shaheen, respectivement président et vice-présidente de la commission des relations étrangères, et le chef de l’État congolais, a permis des échanges francs sur l’avenir des relations bilatérales entre les États-Unis et la République Démocratique du Congo. Les discussions ont particulièrement mis l’accent sur la mise en œuvre des engagements pris dans le cadre des accords Washington paix prospérité, un cadre stratégique visant à consolider la stabilité et le développement.
Au cœur des préoccupations exprimées par les élus américains figurait la situation sécuritaire catastrophique qui prévaut dans l’est de la RDC. Ils ont pointé du doigt « l’occupation persistante » de territoires par le groupe M23, qu’ils désignent comme étant soutenu par le Rwanda. Leur appel a été clair : un retrait complet des forces rwandaises est une condition sine qua non pour ouvrir la voie à une paix réelle et durable. Cette insécurité chronique a engendré ce que le communiqué qualifie de « catastrophe humanitaire », avec plus de 26 millions de personnes en situation d’insécurité alimentaire aiguë. Les sénateurs ont insisté sur le fait que les civils, notamment les femmes et les enfants, ne pouvaient rester les dommages collatéraux de ce conflit prolongé.
Au-delà des questions sécuritaires, les échanges ont également porté sur les leviers de croissance économique. Le partenariat minerais critiques a été identifié comme un axe majeur de coopération. La RDC, dotée de ressources stratégiques essentielles à la transition énergétique mondiale, représente un partenaire incontournable pour Washington. Dans ce cadre, le corridor Lobito, projet d’infrastructure ferroviaire visant à relier la région minière du sud de la RDC à l’océan Atlantique via l’Angola, a été présenté comme un catalyseur potentiel de commerce régional et de coopération à long terme. Les investissements américains dans ce corridor sont vus comme un moyen de revitaliser l’économie et de créer une prospérité partagée.
Cette déclaration de soutien américain, qualifié de « plus fort », n’est cependant pas sans conditions. Les sénateurs Risch et Shaheen ont souligné que ce partenariat renforcé nécessitait des « efforts sérieux de toutes les parties ». Un message adressé directement à Kinshasa, l’appelant à prendre « des mesures décisives » contre d’autres groupes armés, notamment les FDLR et certaines milices Wazalendo violentes. La balle est-elle donc dans le camp congolais ? Pour les législateurs américains, la stabilité à long terme de la RDC et la solidité du partenariat bilatéral passent par un dialogue national crédible et des solutions politiques inclusives, capables de renforcer la cohésion sociale et de jeter les bases d’une gouvernance apaisée.
Cette rencontre sénateurs américains président Tshisekedi intervient à un moment critique, alors que la région des Grands Lacs est en proie à des tensions géopolitiques croissantes. Elle illustre la volonté américaine de rester un acteur engagé dans la résolution de la crise à l’est du Congo, tout en sécurisant ses intérêts économiques stratégiques. L’engagement bipartisan affiché à Washington envoie un signal politique fort, mais son efficacité réelle dépendra de la capacité des parties prenantes, tant congolaises que régionales, à traduire ces déclarations en actions concrètes sur le terrain. La communauté internationale observera si cette fenêtre diplomatique peut enfin déboucher sur une désescalade et ouvrir un chapitre plus serein dans l’histoire tourmentée de l’est de la RDC.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
