Le Ministre de la justice a pris la décision de suspendre Bernard Kalombola de ses fonctions de président du Conseil d’administration du Fonds spécial de répartition de l’indemnisation aux victimes des activités illicites de l’Ouganda en République démocratique du Congo, communément appelé FRIVAO. Cette mesure, intervenue le lundi 2 février, fait suite à une injonction officielle adressée au Procureur général près la Cour d’appel de la Tshopo, à Kisangani. L’autorité judiciaire a été saisie « en vue de l’ouverture d’une enquête sur certaines allégations portées contre le président suspendu », selon les termes d’un communiqué du ministère daté du 3 février.
La suspension de Bernard Kalombola, une figure centrale du FRIVAO RDC, intervient dans un contexte où la gestion des fonds destinés à indemniser les victimes des conflits passés est scrutée avec une attention particulière. Le ministère de la justice a immédiatement désigné Kitenge Senga Dismas pour assurer la présidence du Conseil d’administration intérimaire de cette structure sensible. Cette nomination a pour objectif affirmé d’assurer la continuité du service et de préserver les intérêts des nombreux requérants qui attendent réparation.
Dans son communiqué, le ministère a longuement justifié cette décision en la reliant à la volonté inflexible du Gouvernement de garantir une gestion rigoureuse, transparente et surtout conforme à la destination des ressources publiques. Ces fonds, alloués spécifiquement à l’indemnisation des victimes des activités illicites de l’Ouganda, représentent un enjeu de justice et de reconnaissance historique. La suspension vise ainsi, selon les autorités, à préserver l’intégrité et la crédibilité des institutions publiques chargées de cette mission délicate. Comment, en effet, garantir la confiance des citoyens si les gestionnaires de ces fonds spéciaux font l’objet de suspicions ?
Cette décision du Ministre de la justice survient à un moment charnière, seulement quelques semaines après la reconduction d’une nouvelle équipe coordinatrice à la tête du FRIVAO. Il est à noter que cette même équipe avait préalablement été suspendue par le prédécesseur de l’actuel garde des Sceaux, illustrant les turbulences récurrentes autour de la gouvernance de ce fonds. La rapidité avec laquelle l’actuel ministre a réagi, sur la base d’une saisine du parquet de la Tshopo, démontre une volonté affichée de rompre avec des pratiques opaques et de donner toute sa place à la justice.
L’enquête judiciaire confiée aux magistrats de Kisangani constitue désormais le cœur du processus. Les allégations précises qui pèsent sur Bernard Kalombola n’ont pas été rendues publiques, conformément aux règles de confidentialité entourant une information judiciaire en cours. Toutefois, l’ouverture de cette enquête par le Procureur général près la Cour d’appel de la Tshopo signale la gravité des faits reprochés. La justice congolaise, souvent mise à l’épreuve dans des dossiers financiers complexes, aura la lourde tâche d’établir les responsabilités et de déterminer si les règles de gestion du Fonds spécial indemnisation victimes Ouganda ont été violées.
La désignation de Kitenge Senga Dismas à la tête d’un conseil d’administration intérimaire doit être comprise comme une mesure de stabilisation. Sa mission consistera très probablement à auditer les procédures en place, à superviser les opérations courantes et à collaborer pleinement avec l’enquête judiciaire Tshopo. La transparence dans la gestion quotidienne du FRIVAO RDC sera un impératif catégorique pour restaurer une confiance peut-être ébranlée. Les associations de victimes et la société civile suivront avec une attention aiguë les développements de cette affaire, espérant que les dédommagements tant attendus ne seront pas indûment retardés.
Au-delà de la simple suspension d’un haut fonctionnaire, cette affaire pose des questions fondamentales sur la gestion de la réparation due aux victimes de conflits internationaux. Le Fonds spécial créé à cet effet est-il suffisamment protégé contre les risques de détournement ou de mauvaise gestion ? Les mécanismes de contrôle internes et externes ont-ils fonctionné ou failli ? La réaction du ministre, bien que tardive aux yeux de certains observateurs, marque peut-être un tournant vers une exigence accrue de redevabilité. La suite des événements, et notamment les conclusions de l’enquête judiciaire, diront si cette volonté affichée se traduit par des actes concrets et une justice effective.
Dans l’attente des résultats de l’instruction, la suspension de Bernard Kalombola restera comme un signal fort envoyé à tous les gestionnaires de fonds publics. La justice, par l’intermédiaire du parquet de la Tshopo, a repris la main sur un dossier aux implications à la fois financières, morales et historiques. L’intérim assuré par Kitenge Senga Dismas devra naviguer avec prudence pour ne pas entraver le processus d’indemnisation tout en garantissant une gestion irréprochable. L’équilibre est délicat, mais la crédibilité de l’État congolais dans la protection des droits des victimes en dépend.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
