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Kasaï: à la prison de Luebo, la détention préventive illimitée est un mouroir judiciaire

La prison de Luebo, dans la province du Kasaï en République démocratique du Congo, est plongée dans une crise judiciaire d’une gravité extrême, caractérisée par une détention préventive illimitée pour des centaines d’individus. Depuis cinq années consécutives, les tribunaux de paix et de grande instance de cette localité ne comptent plus aucun magistrat en fonction, paralysant l’ensemble de l’appareil judiciaire et transformant l’établissement pénitentiaire en ce que les acteurs locaux dénoncent comme un véritable « mouroir judiciaire ». Des vies humaines sont suspendues à l’absence de l’État de droit, dans une attente interminable et souvent fatale.

Le phénomène de la détention préventive illimitée à la prison Luebo représente une violation flagrante des principes fondamentaux garantis par la Constitution congolaise et les instruments internationaux relatifs aux droits de l’homme. Des détenus, privés de leur droit fondamental à un procès équitable et dans un délai raisonnable, croupissent dans des cellules surpeuplées sans avoir jamais été présentés devant un juge. Plus dramatique encore, certains ont perdu la vie entre ces murs, emportant avec eux à jamais leur présomption d’innocence. Comment une telle défaillance systémique peut-elle persister au cœur de la RDC ? Cette question hante les professionnels du droit et les défenseurs des droits des détenus Congo.

Maître Kawanga Jacques, avocat au barreau du Kasaï, témoigne avec une profonde amertume de la détresse qu’il observe quotidiennement. « J’ai des clients arrêtés, détenus et oubliés dans les prisons. Certains meurent innocemment simplement parce qu’il n’y a pas de juges. Cela me fait très mal d’assister à cette injustice sans pouvoir agir », déplore-t-il. Ce sentiment d’impuissance est partagé par la société civile locale, qui observe, impuissante, l’érosion des garanties judiciaires les plus élémentaires. La Nouvelle Société Civile Congolaise (NSCC) du territoire de Luebo a lancé un appel pressant aux plus hautes autorités du pays.

Basile Banza, coordonnateur territorial de la NSCC, interpelle directement le Chef de l’État et le Conseil supérieur de la magistrature. « À Luebo, les droits des détenus Congo sont systématiquement violés. Il faut agir urgemment car il s’agit d’êtres humains », plaide-t-il, exigeant l’affectation immédiate de nouveaux magistrats pour mettre un terme à cette paralysie. Cette demande met en lumière la responsabilité du Conseil Supérieur de la Magistrature dans la gestion des effectifs judiciaires et la nécessité d’une réponse urgente à cette crise judiciaire Kasaï.

La situation à Luebo n’est malheureusement pas un cas isolé, mais le symptôme d’un mal profond qui ronge l’ensemble de la province du Kasaï. Selon des sources concordantes, une pénurie criarde de personnel judiciaire frappe plusieurs territoires. À Mweka, les juridictions fonctionnent avec des sous-effectifs critiques ou sont carrément inopérantes. Une paralysie similaire est observée dans les territoires d’Ilebo et de Dekese, où l’absence de tribunaux fonctionnels laisse la population sans recours légal. Cette crise judiciaire Kasaï généralisée crée un vide abyssal en matière d’État de droit dans l’arrière-pays.

Les conséquences de cette absence de justice institutionnelle sont doubles et dévastatrices. D’une part, elle entretient et aggrave la surpopulation carcérale, les détenus en attente de jugement s’accumulant sans perspective de procès. D’autre part, elle favorise l’émergence et la banalisation de la justice populaire. Faute de réponse institutionnelle aux litiges, les populations se tournent vers des modes de règlement extrajudiciaires, souvent violents, érodant davantage la confiance dans les institutions et la cohésion sociale. La question des magistrats absents RDC dépasse donc le simple dysfonctionnement administratif pour devenir une menace directe pour la paix sociale.

Face à cette urgence humanitaire et judiciaire, l’inaction des autorités compétentes ne peut plus être tolérée. L’affectation de juges et de procureurs dans les zones délaissées comme Luebo est une obligation constitutionnelle et un impératif moral. La réputation de l’ensemble du système judiciaire congolais est en jeu, de même que la vie de centaines de citoyens oubliés. La résolution de cette crise judiciaire Kasaï nécessite une volonté politique ferme et une action coordonnée pour mettre fin à la détention préventive illimitée et redonner son sens à la présomption d’innocence. Le temps est désormais à l’action, car chaque jour perdu condamne des vies à l’oubli et la justice à la mort.

Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net

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