La signature, ce lundi 2 février au Palais de la Nation, d’un protocole d’accord entre la République démocratique du Congo et la France marque une étape décisive dans la maturation du titanesque projet hydroélectrique Grand Inga. Conclu entre l’Agence française de développement (AFD) et l’Agence de Développement et de Promotion du Projet Grand Inga (ADPI), ce memorandum of understanding (MoU) vise à préparer les fondations humaines et institutionnelles du pays avant le lancement de la phase Inga 3. Cette approche, qualifiée de « préparer le pays pour le projet et préparer le projet pour le pays », cristallise une vision où l’infrastructure énergétique doit s’ancrer dans un écosystème de développement plus large.
Le protocole, d’une portée hautement stratégique, s’articule autour de quatre piliers structurants destinés à maximiser les retombées socio-économiques. Premièrement, la formation professionnelle et l’enseignement supérieur sont identifiés comme le levier pour faire de la jeunesse congolaise l’acteur principal de cette dynamique. Deuxièmement, le secteur agricole est ciblé pour promouvoir une croissance inclusive et une sécurité alimentaire durable, créant un effet d’entraînement en dehors des centres urbains. Troisièmement, le renforcement des capacités institutionnelles est prévu pour garantir une gouvernance robuste et transparente du projet, un impératif pour attirer les investissements de long terme. Enfin, le développement spatial doit permettre une planification harmonieuse du territoire, évitant les déséquilibres régionaux. Cette architecture démontre une volonté de transformer le projet Inga 3 en un véritable catalyseur de développement multidimensionnel.
Comment garantir que les dividendes de ce chantier pharaonique profitent effectivement aux populations ? C’est la question centrale à laquelle tente de répondre ce dispositif d’accompagnement. Nicole Bwatshia Ntumba, Directeur de Cabinet adjoint du Président en charge des questions politiques, a souligné que cette synergie de partenaires – AFD, Banque mondiale, Banque africaine de développement – consolide les fondations d’Inga III. « Chaque pierre apportée à l’édifice nous rapproche de notre souveraineté énergétique et de notre émancipation économique », a-t-elle déclaré, voyant dans cette signature le prélude d’une collaboration renforcée. Pour la partie française, la ministre déléguée Éléonore Caroit a insisté sur la nature transformatrice de l’initiative. « La disponibilité en électricité est attendue par toutes et tous, et en particulier par les opérateurs économiques, et devra améliorer sensiblement le quotidien de la population », a-t-elle affirmé, précisant que la France soutient pleinement le phasage retenu, qui intègre à la fois la préparation du pays et l’investissement dans les capacités de production.
Sur le plan financier, le protocole Inga 3 s’inscrit dans un programme de long terme dont l’enveloppe globale est estimée à un milliard de dollars. L’année dernière, la Banque mondiale, via l’Association internationale de développement (IDA), avait déjà approuvé un crédit de 250 millions de dollars pour la première phase. Ce financement vise à poser les bases durables du plus grand projet énergétique de la RDC à ce jour, en commençant par des investissements ciblés en faveur des communautés locales, des infrastructures d’accompagnement et de la création d’emplois. Le manque d’accès à une énergie fiable et abordable reste en effet l’un des principaux goulets d’étranglement à la transformation économique du pays et à la création d’emplois à grande échelle.
Bob Mabiala Mvumbi, directeur général de l’ADPI-RDC, l’entité mandatée pour piloter le développement Grand Inga, a réaffirmé la priorité accordée aux bénéficiaires locaux. « Le Chef de l’État tient à ce que la population soit le premier bénéficiaire de tous les grands projets qui s’exécutent », a-t-il martelé. Cette philosophie guide l’action de l’ADPI, chargée de définir le cadre stratégique, de superviser les études et travaux, et de veiller à la bonne gouvernance des futures concessions. L’accord France RDC énergie témoigne ainsi d’une évolution notable : le projet n’est plus seulement une prouesse technique, mais devient un instrument de politique publique intégrée, où la construction des barrages est indissociable de la construction des capacités nationales.
À l’heure où la RDC cherche à affirmer son rôle de géant énergétique sur le continent, l’engagement de l’AFD RDC et de ses partenaires internationaux fournit une feuille de route crédible. La France prévoit de valoriser ce partenariat lors du sommet Africa Forward en mai à Nairobi, signalant l’importance géostratégique accordée à ce partenariat. La matérialisation du projet Grand Inga, et spécifiquement d’Inga 3, représente dès lors plus qu’un défi d’ingénierie ; c’est un test de la capacité du pays à orchestrer une croissance inclusive, où l’abondance énergétique future se traduit par un progrès économique et social tangible pour ses citoyens. La réussite de cette phase préparatoire conditionnera l’attractivité du projet pour le secteur privé et, in fine, la réalisation de l’ambition d’une souveraineté énergétique congolaise.
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
