La commissaire européenne à la préparation et à la gestion des crises, Hadja Lahbib, effectuera prochainement une visite cruciale en République démocratique du Congo, au Rwanda et au Burundi. Cette mission humanitaire de l’UE en RDC s’inscrit dans un contexte d’aggravation continue de la crise dans la région des Grands Lacs, où les combats entre l’armée congolaise et la rébellion du M23, soutenue par Kigali, génèrent une catastrophe humanitaire d’une ampleur vertigineuse.
L’annonce a été faite en marge du Conseil des affaires étrangères de l’Union européenne tenu à Bruxelles. Hadja Lahbib a martelé un message clair : l’enveloppe de 250 millions d’euros débloquée par Bruxelles reste insuffisante en l’absence d’une solution politique durable. « L’argent ne suffit pas », a-t-elle déclaré, appelant à un accès total et sans restriction pour les acteurs humanitaires sur un terrain miné par l’insécurité. Cette visite de Hadja Lahbib en RDC vise justement à intensifier le plaidoyer diplomatique de l’Europe pour la paix.
Le timing de cette mission est plus que critique. Depuis janvier 2025, l’offensive rebelle a redessiné la carte de l’Est congolais, provoquant la chute de localités stratégiques comme Uvira et étendant l’influence des groupes armés dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Cette recrudescence du conflit dans les Grands Lacs a jeté sur les routes des centaines de milliers de personnes. Le Burundi et la Tanzanie voisins accueillent désormais plusieurs vagues de réfugiés. Une mission gouvernementale congolaise conduite par la ministre Ève Bazaiba Masudi a récemment évalué leur nombre à environ 250 000 au Burundi et 87 000 en Tanzanie, illustrant l’ampleur des déplacements forcés.
Face à cette marée humaine, les ressources sont pourtant au plus bas. Le gouvernement congolais et ses partenaires humanitaires ont lancé un appel de fonds urgent de 1,4 milliard de dollars pour 2026. Sans ce financement vital pour l’aide humanitaire en RDC, la réponse sera drastiquement réduite, ne ciblant que 7,3 millions de personnes sur près de 15 millions dans le besoin. Les conséquences du sous-financement sont déjà tangibles : fermeture de centres de nutrition, ruptures de stock médical, et réduction dramatique de l’assistance alimentaire. Comment, dans ces conditions, envisager un apaisement ?
La réunion des ministres des Affaires étrangères de l’UE a longuement débattu des moyens de soutenir les efforts de paix, notamment ceux basés sur les accords de Washington et la médiation de l’Union africaine. L’engagement européen semble donc vouloir opérer sur deux fronts : une aide d’urgence pour soulager les souffrances immédiates des déplacés du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, et une poussée diplomatique pour s’attaquer aux racines du conflit. La visite de la commissaire Lahbib incarne cette double approche.
Mais les défis sont immenses. L’accès humanitaire reste entravé par les combats et des contraintes sécurités, comme le souligne le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA). Par ailleurs, la complexité géopolitique de la région, avec les accusations récurrentes de Kinshasa contre Kigali, rend tout dialogue ardu. La mission européenne pourra-t-elle impulser une dynamique nouvelle ?
L’enjeu dépasse la seule aide d’urgence. Il s’agit de stabiliser une région dont les soubresauts affectent toute l’Afrique centrale. La mission humanitaire de l’UE portée par Hadja Lahbib est un signal fort, mais elle ne sera qu’un premier pas. La communauté internationale devra ensuite démontrer une volonté politique et une constance dans l’accompagnement des processus de paix pour éviter que les cycles de violence et de déplacement ne se perpétuent indéfiniment dans l’Est de la RDC.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
