Une semaine encore, l’Est de la République démocratique du Congo a été le théâtre d’une litanie de drames, d’exodes et de deuils, sur fond d’indifférence internationale croissante et de promesses internes non tenues. Entre effondrements d’infrastructures, massacres de civils et menaces sanitaires, la crise multidimensionnelle s’enracine. La société congolaise, elle, oscille entre peur, colère… et soif de justice. À l’heure du plus grand défi de cohésion nationale depuis une génération, notre responsabilité collective est engagée.
Depuis des mois, les mêmes images saturent l’actualité : écoles en ruines, villages rasés, files de déplacés, fosses communes à la pelle, capitales régionales prises en otage. Cette semaine, la tragédie de Rubaya—plus de 200 morts dans une mine de coltan effondrée—s’est ajoutée au bilan macabre d’affrontements entre M23, ADF, milices Wazalendo ou CRP en Ituri et au Nord-Kivu. La société civile, des ONG aux conseils de quartier, tire la sonnette d’alarme sur l’incapacité de l’État à protéger ses administrés : plus de 170 personnes exécutées à Rutshuru en deux mois (rapport jeunesse), 25 civils massacrés en Ituri (ADF), 555 000 enfants privés d’école dans le Sud-Kivu. Même dans l’accalmie, la peur demeure : retour timide à Bule, Sumbuso vidée de 70 villages depuis cinq ans, écoles toujours fermées à Bule malgré l’éloignement des milices.
Cet engrenage de violence a, au fil des semaines, muté en crise humanitaire aiguë—la plus négligée au monde, selon les agences onusiennes. Les appels de fonds se succèdent (1,4 milliard USD d’urgence pour 2026, alors que le double serait nécessaire), mais l’aide n’atteindra que la moitié des personnes vulnérables identifiées. Les bars de Pinga comme de Fizi débordent de blessés de guerre pour qui les kits du CICR n’apportent qu’un répit temporaire. Pendant ce temps, la pénurie d’eau, de soins et de vivres chronique pousse les populations au bord de l’implosion. Le glissement du conflit armé vers les pans économiques et sanitaires aggrave la précarité à une échelle régionale, tandis que la corruption, l’effondrement du contrôle administratif et la défiance envers les institutions décuplent la détresse collective.
Sur fond de cette hémorragie, s’ajoute la défaillance du politique : répression des oppositions, arrestations en cascade (opposants, militants), contrôle autoritaire des mouvements sociaux, controverses sur le CNC, déni du gouvernement face aux rapports internationaux, et un dialogue national promis par le pouvoir sous condition, alors même que les voix de l’intérieur et de la région pointent l’épuisement du « tout-sécuritaire » sans volet inclusif. Les initiatives diplomatiques—de Lomé à Paris, de l’Union africaine aux États-Unis—n’aboutissent qu’à des déclarations de principe pendant que les traités de paix sont systématiquement bafoués sur le terrain. Le divorce est donc consommé entre la parole publique et la vie quotidienne des Congolais.
Face à cette accumulation de menaces, la fracture sociale s’élargit, mais des signaux d’espoir persistent : des femmes de Kintambo à celles d’Irumu, des jeunes leaders à Kananga aux artistes qui transcendent le deuil (hommages, festivals solidaires), la société civile invente sous la contrainte de nouveaux modèles de résistance et de dialogue. L’État et les partenaires doivent impérativement entendre ces voix – non comme un bruit de fond, mais comme le socle d’une réponse durable à la crise.
Ni le fatalisme ni les sempiternelles tables rondes n’apporteront de solution sans un sursaut national pour défendre la vie, la dignité et la sécurité des Congolais. L’État doit cesser d’enjamber la société civile, outiller ses relais locaux, et exiger des acteurs internationaux qu’ils passent des promesses aux actes. Aux citoyens, à la diaspora, il appartient de reconstruire des solidarités, refuser l’anesthésie collective, et participer à la refondation d’un tissu social ravagé. La République ne sera sauvée ni par décret, ni de l’étranger : la solution naîtra d’un engagement authentique de tous pour la justice et la paix. Agissons, faisons entendre nos voix.
— La Rédaction de CongoQuotidien
