Le fracas des tôles tordues a réveillé le village Kimuanda en pleine nuit. « C’était comme un tremblement de terre suivi d’un crissement insupportable », se souvient un habitant, encore sous le choc au petit matin. Samedi 31 janvier, un camion-remorque chargé de denrées alimentaires fraîches a brutalement quitté la chaussée de la RN1 avant de finir sa course dans un ravin, au niveau du territoire de Seke-Banza, dans le Kongo Central. Si l’équipage s’en est sorti miraculeusement indemne, l’incident jette une lumière crue sur les plaies béantes de la sécurité routière dans la province.
La scène, au lever du soleil, était désolante. Le poids lourd, venu de Matadi pour ravitailler les marchés de l’intérieur, gisait sur le flanc. Sa cargaison de vivres, pain quotidien pour des centaines de familles, était éparpillée, souillée et en grande partie perdue. « C’est toute une économie qui est mise à terre avec ce camion », lâche, résigné, un commerçant présent sur les lieux. Ces denrées qui n’arriveront jamais à destination, ce sont des étals qui resteront vides et des prix qui risquent de flamber. L’accident du camion en provenance de Matadi n’est pas qu’un fait divers, c’est un maillon qui casse dans la chaîne fragile de l’approvisionnement.
Les premiers constats des services techniques pointent une défaillance du système de freinage. Une cause technique, trop simple, trop commode ? Les témoins, eux, ne mâchent pas leurs mots. Ils désignent du doigt l’état calamiteux de la RN1 sur ce tronçon. « Ici, c’est un champ de bataille pour les pneus », explique un riverain. Nids-de-poule profonds, chaussée défoncée, absence de signalisation… La route nationale, artère vitale pour le transport de vivres en RDC, se transforme en parcours du combattant, surtout de nuit. Comment un chauffeur, même expérimenté, pourrait-il maîtriser son véhicule chargé dans de telles conditions ?
Cet accident à Seke-Banza est-il une fatalité ou la conséquence d’un abandon ? La question fuse parmi les habitants. Combien de drames faudra-t-il pour que les autorités prennent la mesure du danger ? Le Kongo Central, pourtant poumon économique avec son port, voit ses axes de circulation se déliter. Chaque accident sur la RN1 est un coup porté à la stabilité économique et sociale de la région. Les poids lourds, essentiels au ravitaillement, sont les premières victimes de cette incurie.
Au-delà de l’état des routes, c’est tout le système de contrôle qui est mis en cause. Le véhicule accidenté était-il en parfait état mécanique ? Les freins avaient-ils été vérifiés récemment ? L’absence de morts dans ce accident du camion ne doit pas servir d’alibi pour passer à autre chose. Elle doit, au contraire, sonner comme un avertissement. Le prochain convoi aura-t-il la même chance ? La sécurité routière dans le Kongo Central ne peut plus se contenter de vœux pieux. Elle exige des audits techniques rigoureux sur les véhicules de transport de marchandises et un plan urgent de réhabilitation des infrastructures.
L’enjeu est de taille. Il touche à la sécurité des biens et des personnes, mais aussi à la souveraineté alimentaire de régions entières. Quand un camion de vivres fait naufrage sur une route défoncée, ce sont des communautés qui sont privées de nourriture et des économies familiales qui sont compromises. Les autorités provinciales et nationales parviendront-elles à passer de la constatation amère à l’action concrète ? La balle est dans leur camp. La population, elle, attend plus que des promesses. Elle attend des routes praticables et des contrôles stricts, pour que le trajet entre Matadi et l’intérieur du pays ne soit plus une roulette russe.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
