Le continent africain respire un peu mieux face à la variole du singe, mais la République Démocratique du Congo, elle, reste en alerte. Alors que l’Africa CDC et l’OMS ont officiellement levé l’état d’urgence de santé publique à l’échelle continentale, Kinshasa a décidé de maintenir la Mpox comme urgence nationale jusqu’au mois de mars 2026. Une décision qui peut sembler paradoxale, mais qui s’explique par la réalité du terrain : si la courbe épidémique s’est nettement infléchie au niveau global, la maladie reste profondément ancrée dans certaines régions du pays.
Cette annonce, faite par le porte-parole du gouvernement Patrick Muyaya, marque une étape importante dans la gestion de cette crise sanitaire. Elle signifie que le pire est passé au niveau continental, grâce à une baisse significative des cas et des décès dans plusieurs foyers, y compris en Sierra Leone, au Burundi et en Ouganda. Pourtant, pour les autorités sanitaires congolaises, le combat est loin d’être terminé. La Mpox est désormais considérée comme une maladie endémique en RDC, c’est-à-dire qu’elle circule de manière constante à bas bruit dans la population, avec des résurgences régulières. Imaginez un feu de forêt que l’on aurait réussi à circonscrire, mais où des braises continuent de couver ici et là, prêtes à se raviver à la moindre occasion.
Et justement, l’une de ces braises brûle encore intensément dans la province de la Tshopo. La zone de santé de Basoko, en particulier, reste un épicentre actif de l’épidémie de Mpox. Trois décès y ont été récemment enregistrés, rappelant que le virus continue de faire des victimes. Pourquoi cette région résiste-t-elle ainsi ? La réponse est multifactorielle, mais elle plonge ses racines dans une crise sanitaire plus large. Robert Esabe, superviseur en Hygiène, eau et assainissement, dresse un tableau alarmant des conditions sanitaires à Basoko. Selon lui, seulement 17% de la population utilise des toilettes hygiéniques. Une grande partie des habitants, par nécessité ou par habitude, utilise le fleuve Congo ou la rivière Aruwimi comme dépotoir et lieu d’aisance.
Cette promiscuité entre les déjections humaines et les sources d’eau utilisées pour la boisson, la cuisine ou la lessive crée un terreau idéal pour la propagation de maladies. La Mpox, qui peut se transmettre par contact avec des lésions cutanées ou des objets contaminés, trouve dans ces conditions un environnement propice. Mais cette crise de l’assainissement ouvre aussi la porte à d’autres fléaux, plus redoutables encore.
En effet, Basoko est simultanément confrontée à une violente épidémie de choléra. En à peine un mois, entre le 1er et le 28 janvier 2026, 57 cas ont été recensés, avec un bilan de deux décès. Le choléra, infection intestinale aiguë causée par l’ingestion d’eau ou d’aliments contaminés par la bactérie *Vibrio cholerae*, est directement lié au manque d’accès à l’eau potable et à un assainissement défaillant. Sa présence concomitante avec la Mpox dessine le portrait d’une urgence nationale santé en RDC complexe, où les maladies se nourrissent mutuellement d’un même environnement insalubre.
Que faire pour briser ce cercle vicieux ? Les solutions, bien que connues, exigent des moyens et une mobilisation soutenue. Robert Esabe plaide pour une action concertée sur plusieurs fronts : la construction et la réhabilitation urgente de points d’eau potable, la mise en place de latrines publiques sécurisées et des campagnes de sensibilisation continues sur le traitement de l’eau à domicile. Chaque point d’eau construit, chaque latrine installée, est une digue érigée contre la marée des maladies hydriques.
La décision du gouvernement de maintenir l’état d’urgence nationale pour la Mpox est donc un signal fort. Elle reconnaît que la bataille contre une épidémie ne se gagne pas seulement avec des vaccins et des traitements, mais aussi, et peut-être surtout, avec de l’eau propre et des toilettes dignes. Tant que les conditions sanitaires à Basoko et dans d’autres zones vulnérables ne seront pas radicalement améliorées, la population congolaise restera exposée à la double menace de la Mpox et du choléra. La vigilance doit rester de mise, car éteindre les derniers foyers est souvent le combat le plus difficile.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
