Le cri d’alarme d’une mère résonne encore dans les cendres du quartier Mapendo. « Nous avons tout perdu en un instant. Nous ne sommes plus rien », confie, la voix tremblante, une habitante au milieu des décombres fumants de sa maison en planche. Cette scène de désolation résume le drame vécu par plus d’une centaine de familles à Goma, au Nord-Kivu, laissant derrière elles un paysage de désolation et de questions sans réponses.
Dans la nuit du mardi au mercredi 28 janvier, un violent incendie a embrasé près de soixante habitations précaires, plongeant soudainement plus de 300 personnes dans la rue. Les premières informations pointent du doigt une cause qui en dit long sur la précarité du quotidien : une mauvaise manipulation d’un appareil électronique, et plus précisément l’explosion de la batterie d’un de ces appareils, aurait servi d’étincelle à la catastrophe.
Comment en est-on arrivé là ? Les flammes, attisées par des constructions en planches de bois extrêmement serrées les unes contre les autres, se sont propagées à une vitesse folle. L’intervention des équipes de la protection civile, bien que rapide, s’est vite heurtée à un obstacle de taille : l’étroitesse labyrinthique des ruelles du quartier Mapendo. Impossible pour les camions-citernes et le matériel lourd d’accéder au cœur du sinistre. Les sauveteurs ont dû lutter, presque à mains nues, contre un brasier qui consumait tout sur son passage.
Le bilan est lourd. Si, miraculeusement, aucune perte humaine n’est à déplorer, le désastre matériel est total. Vêtements, papiers d’identité, économies d’une vie, ustensiles de cuisine… tout est parti en fumée. « Nous avons juste pu fuir avec nos enfants, dans la panique la plus totale », raconte un père de famille. La solidarité de voisinage, valeur essentielle en RDC, a immédiatement pris le relais. La majorité des familles sinistrées ont trouvé un abri temporaire chez des proches ou des voisins, entassant les corps et les angoisses dans des espaces déjà exigus.
Face à l’urgence, un élan de compassion a surgi. Dès le jeudi matin, un geste fort est venu redonner un peu d’espoir. Un bienfaiteur anonyme a distribué à chaque ménage touché 20 tôles et 10 sacs de ciment. Une aide précieuse qui a permis aux plus débrouillards de commencer à ériger des abris de fortune, fragiles remparts contre les intempéries et l’insécurité. Mais cette solidarité, aussi admirable soit-elle, peut-elle suffire à panser les plaies de toute une communauté ?
Cet incendie à Goma n’est malheureusement pas un événement isolé. Il s’inscrit dans une longue liste de drames similaires qui frappent régulièrement la ville. En septembre dernier, deux autres feux avaient ravagé des véhicules, des bureaux et des habitations. En août, au quartier Kyeshero, un incendie avait fait cinq morts. Cette répétition tragique interroge en profondeur. Pourquoi la ville de Goma est-elle si vulnérable aux flammes ?
La réponse est aussi amère que complexe. Elle plonge ses racines dans une urbanisation anarchique, fruit de la pression démographique et de décennies de conflits. Des quartiers entiers, comme Mapendo, se sont développés sans le moindre respect des normes urbanistiques les plus élémentaires. Les maisons, construites en matériaux légers et hautement inflammables, se touchent presque. Il n’y a pas de voies dégagées pour les secours, pas de réseaux d’eau pressurisée, peu de sensibilisation aux risques domestiques. Chaque ménage devient une potentielle mèche, et chaque voisinage, un gigantesque brasier en attente.
Les dirigeants locaux, dans la foulée de ce nouveau drame, ont appelé au « respect strict des normes urbanistiques ». Un vœu pieux dans une ville où la survie quotidienne prime souvent sur la planification à long terme, et où l’ombre de l’occupation rebelle, évoquée dans les communiqués, ajoute une couche d’instabilité et complique toute politique publique cohérente de prévention et d’aménagement.
L’incendie de Mapendo est bien plus qu’un accident domestique. C’est le symptôme criant d’une vulnérabilité systémique. Il met en lumière la précarité de l’habitat, les limites des services publics, et la résilience extraordinaire d’une population qui, face à l’adversité, recompose son foyer avec quelques tôles et un sac de ciment offert par un inconnu. La question qui brûle maintenant les lèvres de tous est : jusqu’à quand ? Jusqu’à quand Goma vivra-t-elle sous la menace des flammes, et quelle réponse collective, au-delà de la solidarité d’urgence, pourra enfin être apportée pour sécuriser le toit de ses habitants ? Le prochain incendie ne sera-t-il pas, un jour, encore plus meurtrier ?
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
