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Grève explosive à la SCPT de Mbandaka : 3 ans de salaires impayés !

« Nous sommes fatigués de travailler sans être rémunérés. Pendant que nous souffrons, les recettes locales et le patrimoine de l’entreprise sont gérés de manière opaque. » La voix de Jérôme Buka, président de la délégation syndicale, porte la colère sourde qui gronde depuis trois longues années. À Mbandaka, la colère a pris la forme de pneus enflammés et de portes barricadées ce mercredi matin, marquant le début d’un conflit social RDC qui plonge la Société congolaise postes télécommunications (SCPT) dans une paralysie totale. La grève SCPT Mbandaka n’est pas un simple mouvement d’humeur ; elle est le point de rupture de femmes et d’hommes poussés à bout par trente-six mois de vies suspendues, de salaires fantômes.

Derrière les barricades de fortune dressées devant l’imposant bâtiment administratif, c’est tout un système qui vacille. Les agents dénoncent une gestion opaque SCPT Équateur, pointant du doigt une direction provinciale qu’ils accusent de détourner les recettes et de brader le patrimoine de l’entreprise publique. « Les recettes générées ici ne nous reviennent jamais. Elles disparaissent dans des circuits obscurs », lâche un agent, préférant garder l’anonymat par crainte de représailles. Cette grève, d’une intensité rare, révèle ainsi une fracture profonde entre une base qui peine à survivre et une gestion locale mise en cause. Jusqu’où peut-on pousser la patience humaine lorsque les familles attendent, que les enfants réclament de quoi manger et que les loyers s’accumulent ?

La réponse des autorités provinciales n’a fait qu’attiser la colère. Pitshou Bapeke Bobango, directeur provincial de la SCPT pour l’Équateur, rejette la balle dans le camp de Kinshasa, arguant que la question des salaires impayés agents postes relève exclusivement de la direction générale. Un argument qui sonne creux pour les grévistes, qui vivent au quotidien les conséquences de cette impasse. Pire, la direction locale remet en cause la légitimité même des protestataires, évoquant des absences répétées et des doubles emplois dans le privé. Une façon de délégitimer la lutte et d’ignorer la détresse palpable. Mais peut-on vraiment reprocher à un père de famille de chercher un autre moyen de subsistance lorsque son employeur principal l’oublie depuis trois ans ?

Cette situation dépasse le simple cadre d’un différend salarial. Elle interroge sur la gouvernance des entreprises publiques en République Démocratique du Congo. Que devient une institution lorsque ceux qui la font vivre ne sont plus considérés ? La SCPT, autrefois symbole de connexion et de service public, se transforme en théâtre d’un drame social aux conséquences désastreuses pour les usagers de Mbandaka. Les bureaux sont fermés, les services à l’arrêt. La population, elle, est prise en étau entre des besoins criants de communication et une grève légitime. Quelle responsabilité pour l’État, actionnaire principal, face à cette gestion qui semble avoir déraillé ?

Le silence de la direction générale à Kinshasa pèse comme une chape de plomb. Les agents, déterminés, jurent de tenir jusqu’à l’obtention d’un signal clair. Mais en attendant, la précarité s’installe. Les témoignages se multiplient sur des familles réduites à un repas par jour, sur des enfants contraints d’abandonner l’école. Cette grève met en lumière une vérité crue : la dignité du travail ne peut exister sans la dignité du salaire. Le conflit social RDC à la SCPT de Mbandaka est un miroir tendu à toute la nation sur les limites d’un système qui épuise ses forces vives.

Alors que la tension reste palpable, une question demeure : cette crise sera-t-elle l’occasion d’une remise à plat transparente de la gestion de la Société congolaise postes télécommunications, ou simplement un nouvel épisode oublié dans la longue liste des souffrances des travailleurs congolais ? L’enjeu est de taille. Il touche à la crédibilité des institutions, à la confiance des citoyens envers les services publics et, fondamentalement, au droit de chaque travailleur à vivre dignement de son labeur. La balle est désormais dans le camp des décideurs de Kinshasa. Leur réponse, ou leur absence de réponse, écrira le prochain chapitre de cette tragédie sociale.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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