La tension reste palpable dans les groupements Sumbuso et Dz’na, au territoire de Djugu, où la milice Convention pour la Révolution Populaire (CRP) maintient son emprise depuis près de quinze jours. Délogés de Bule par une opération conjointe des Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) début janvier, les combattants se sont redéployés plus au sud, plongeant de nouveaux villages dans le chaos et contraignant des milliers de familles à la fuite. Cette nouvelle occupation dans cette partie de l’Ituri confirme le caractère mouvant et résilient des groupes armés dans la région, malgré les annonces répétées de neutralisation.
Le calvaire des populations civiles, lui, ne connaît pas de répit. Selon les autorités coutumières locales, au moins 73 villages du groupement Sumbuso sont désormais des cités fantômes, entièrement vidés de leurs habitants. Un déplacement massif qui n’est, hélas, pas une nouveauté. La région a successivement subi le joug de la milice CODECO à partir de 2021, avant de tomber sous la coupe de la CRP. Pour de nombreux habitants, cette fuite est devenue un mode de vie, un exil sans fin entre des sites de déplacés surpeuplés et des abris précaires. La question se pose avec une acuité croissante : combien de temps encore ces communautés devront-elles payer le prix d’un conflit qui les dépasse ?
Les conséquences humanitaires sont désastreuses et s’inscrivent dans la durée. « Nous risquons de créer une génération perdue », alerte le chef de l’entité, pointant du doigt le sort des enfants. Pour une grande partie d’entre eux, la dernière fois qu’ils ont franchi le seuil d’une salle de classe remonte à cinq ans. Cinq années d’éducation volées, cinq années de développement compromis. Dans les sites où s’entassent les déplacés d’Ituri, les conditions de vie sont extrêmes, l’accès à la nourriture, à l’eau potable et aux soins de santé reste un défi quotidien. Cette crise prolongée érode les mécanismes de survie des familles et hypothèque l’avenir de toute une région.
Lors d’une rencontre tendue avec le commandant de la 32e région militaire, le Général Antoine David Mushimba, jeudi 29 janvier à Bule, les autorités coutumières ont lancé un cri du cœur. Leur message était double : une demande pressante d’intervention militaire et un rejet catégorique de tout amalgame. « Nous en avons assez d’être assimilés à des miliciens alors que nous sommes les premières victimes », ont-elles insisté. Cette clarification est cruciale dans un conflit où les lignes entre civils et combattants sont souvent volontairement brouillées par les groupes armés, exposant les populations à des représailles.
Face à cette détresse, la réponse militaire s’organise, mais elle semble encore timide. Le Général Mushimba a instruit ses officiers d’élaborer des plans pour restaurer l’autorité de l’État dans le groupement Sumbuso. Ces opérations, a-t-il précisé, devraient bénéficier de l’appui de l’armée ougandaise (UPDF), engagée dans une opération conjointe avec les FARDC dans l’est de la RDC, et de la MONUSCO. Pour l’instant, les retours de populations ne concernent que quelques localités lacustres où les FARDC ont réussi à installer des positions permanentes, offrant un semblant de sécurité.
Pour l’immense majorité des déplacés, le retour dans leurs villages reste un rêve lointain. La peur de la milice CRP est trop grande, la mémoire des violences trop récente. Ils attendent un signal fort, une démonstration tangible que l’État peut reprendre le contrôle et le maintenir dans la durée. L’occupation de Sumbuso par la CRP est plus qu’un simple épisode sécuritaire ; c’est un test pour la stratégie de pacification de l’Ituri. La réussite ou l’échec des futures opérations des FARDC dans le territoire de Djugu déterminera non seulement la sécurité immédiate de milliers de personnes, mais aussi la crédibilité de l’État à ramener une paix durable dans une région meurtrie par des décennies de cycles de violence.
Alors que les plans se dessinent, la population, elle, vit au jour le jour. Entre l’espoir ténu suscité par les promesses militaires et la dure réalité de la vie dans les camps, le chemin vers la normale paraît interminable. La communauté internationale observe-t-elle cette tragédie en temps réel sans pouvoir enrayer la machine infernale ? La résolution du conflit dans le groupement Sumbuso passera nécessairement par une présence étatique robuste et permanente, seule capable de briser le cycle de l’occupation milicienne et du déplacement forcé.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net
