La République Démocratique du Congo, géant aux pieds d’argile face aux colères de la nature, vient de prendre un engagement historique. Après deux jours d’intenses travaux à Kinshasa, l’atelier national sur l’initiative « Alerte précoce pour tous » s’est clôturé ce jeudi 29 janvier sur une promesse : celle de bâtir un bouclier humain et technologique contre les catastrophes. Une feuille de route ambitieuse a été adoptée, visant à transformer radicalement la gestion des risques catastrophe dans le pays. Passer de la culture de la réaction à celle de la prévention, tel est le défi colossal que s’apprête à relever la nation.
Les chiffres, eux, rappellent l’urgence absolue de cette mission. Inondations dévastatrices, glissements de terrain meurtriers, sécheresses imprévisibles… Le territoire congolais est de plus en plus vulnérable aux aléas climatiques, exposant des millions de vies. Cet atelier Kinshasa n’était donc pas un simple séminaire de plus, mais le point de départ d’une course contre la montre. Le système actuel, souvent perçu comme fragmenté et réactif, doit muter pour devenir efficace, permanent et surtout, opérationnel sur tout le territoire.
Mais comment garantir qu’une promesse politique se traduise par une protection concrète pour un paysan du Kivu ou un habitant des quartiers précaires de la capitale ? Le rapport final de l’atelier identifie deux piliers non négociables pour la réussite de cette réforme. Le premier est une coordination intersectorielle fluide, brisant les silos administratifs qui ont longtemps entravé l’efficacité des interventions. Le second, et peut-être le plus critique, est la question du financement pérenne. Sans ressources garanties et dédiées, tout plan, aussi brillant soit-il, risque de rester lettre morte.
Le ministère de l’Intérieur, représentant le gouvernement, a fermement réaffirmé l’engagement de l’exécutif à débloquer les moyens nécessaires. L’objectif est clair : éviter que ce dispositif d’alerte précoce ne soit un autre mirage bureaucratique. Il doit devenir un outil vivant, ancré dans les communautés, capable de donner l’alerte à temps et de sauver des vies. Cet engagement national a reçu l’onction et le soutien vigilant des Nations Unies RDC. Des représentants de haut niveau, dont Kamal Kishore et Bruno Lemarquis, ont salué la démarche tout en fixant la barre très haut. « Seuls le niveau et le nombre de vies protégées en RDC confirmeront la réussite de cet engagement », ont-ils insisté. Un rappel salutaire que dans ce domaine, les résultats se mesurent à l’aune humaine, et non aux rapports d’activité.
Face à l’ampleur de la tâche, la RDC ne part pas seule. Les partenaires techniques et financiers internationaux ont réitéré leur volonté d’accompagner le pays dans l’exécution de ce plan de gouvernance. Cette alliance est cruciale pour combler les lacunes technologiques et renforcer les capacités locales. L’horizon fixé est 2027. D’ici là, l’initiative mondiale « Alerte précoce pour tous » vise un objectif sans équivoque : garantir que chaque citoyen congolais, des rives du fleuve Congo aux confins de la savane, soit protégé par des systèmes d’alerte fiables.
La route sera longue et semée d’embûches. Instaurer une véritable culture de la RDC prévention demande un changement de mentalité à tous les niveaux, de l’administration centrale au village le plus reculé. Il faudra former, équiper, communiquer et maintenir une vigilance constante. Les populations, premières concernées, devront être placées au cœur du dispositif, car une alerte n’est utile que si elle est comprise et suivie d’actions appropriées.
L’atelier de Kinshasa a donc allumé une lueur d’espoir dans un paysage souvent marqué par la fatalité. La RDC a officiellement reconnu que sa plus grande richesse – sa population – méritait d’être préservée des catastrophes annoncées. Le compte à rebours est lancé. La mise en œuvre rigoureuse de cette feuille de route, sous le regard exigeant des partenaires et des citoyens, déterminera si cet engagement se transformera en héritage durable. La nature ne prévient pas toujours, mais désormais, la République Démocratique du Congo s’est donné les moyens de l’entendre venir. Reste à savoir si elle saura traduire cette écoute en actes salvateurs.
Article Ecrit par Miché Mikito
Source: radiookapi.net
