Un fragile mais tangible retour à la normale s’esquisse dans le village de Lunkuni, situé dans le territoire de Bagata, province du Kwilu. Après des semaines de terreur et d’exil, les habitants reviennent timidement sur les cendres de leurs maisons. La vie, brutalement interrompue par un violent conflit coutumier, tente de reprendre son cours. Comment une communauté se relève-t-elle après un tel traumatisme ? Les autorités assurent que le calme est revenu, mais les cicatrices, elles, sont bien visibles.
Le déclencheur de cette crise remonte au 5 janvier dernier. L’assassinat du chef du village a plongé Lunkuni dans un cycle infernal de violences et de représailles. En quelques heures, la colère a consumé plus d’une trentaine d’habitations, réduisant en cendres le patrimoine de nombreuses familles. Au moins trois vies ont été fauchées dans cette flambée de violence, poussant l’ensemble de la population à fuir pour un refuge de près d’un mois dans les forêts avoisinantes. La peur était devenue l’unique loi.
« Plusieurs personnes avaient fui leurs habitations pour se cacher en forêt à cause de ces tensions. La police était intervenue pour rétablir l’ordre. La population a déjà regagné le village, les élèves aussi et les cours ont repris. Quand les cours reprennent, ça veut dire que la situation est calme », a déclaré le colonel Camille Atungale, porte-parole de la police du Kwilu.
Ce retour progressif de la population à Lunkuni constitue le premier signe d’espoir. Les chemins qui mènent au village, hier déserts, voient de nouveau circuler des familles avec leurs maigres biens. L’indicateur le plus symbolique de ce retour à la normale est sans doute la reprise des activités scolaires. Le bruit des enfants a remplacé le silence pesant, signant officiellement la fin de la période de crise aiguë dans cette localité du Kwilu.
Pour sécuriser cette paix encore fragile, des mesures concrètes ont été déployées. Selon le colonel Atungale, des éléments du groupe mobile d’intervention Nord ont été dépêchés sur place. Leur mission est claire : renforcer les effectifs locaux de la police de Bagata et maintenir un climat de sécurité absolue. Cette présence visible des forces de l’ordre vise autant à rassurer les habitants qu’à dissuader toute velléité de nouvelle violence dans cette zone post-conflit.
La phase de reconstruction après le conflit est désormais engagée. Sur le terrain, les efforts se concentrent sur la relève des habitations détruites. Mais la reconstruction matérielle n’effacera pas d’un coup les blessures psychologiques et les tensions sociales à l’origine du drame. Le travail des autorités coutumières et locales sera crucial pour apaiser les esprits et éviter toute résurgence de ce conflit coutumier dans le Kwilu.
Parallèlement à ce travail de pacification, la justice avance. Il y a plus d’une semaine, la police a présenté aux autorités provinciales huit personnes suspectées d’être impliquées dans les meurtres et les incendies criminels qui ont ravagé Lunkuni. Cette étape est essentielle pour établir les responsabilités et rendre justice aux victimes, condition sine qua non d’une réconciliation durable.
Le porte-parole de la police lance un appel pressant aux derniers habitants qui hésiteraient encore : il les invite à regagner leurs domiciles sans crainte. Le message des autorités est unanime : la page de la violence doit être tournée. L’avenir de Lunkuni passe par l’unité retrouvée de ses habitants et leur capacité à reconstruire, ensemble, un village apaisé. La route sera longue, mais les premiers pas, les plus difficiles, ont été franchis.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
