Une nouvelle frontière dans la rivalité entre Kinshasa et Kigali se dessine sur la scène diplomatique internationale. Alors que les tensions sécuritaires dans l’Est de la République Démocratique du Congo persistent, un autre champ de bataille, celui des institutions multilatérales, s’ouvre. Le gouvernement congolais a officiellement annoncé sa volonté de présenter un candidat au poste stratégique de secrétaire général de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), une décision interprétée comme une manœuvre directe pour contrer le Rwanda.
Cette candidature RDC Francophonie a été dévoilée lors du Conseil des ministres du 30 janvier 2025 par le porte-parole du gouvernement. Elle intervient dans un calendrier précis : les candidatures pour le poste de secrétaire général Francophonie doivent être déposées d’ici le 15 juin 2026, en vue d’une élection prévue lors du Sommet de la Francophonie Cambodge en novembre de la même année. Cette élection OIF 2026 revêt ainsi une dimension géopolitique inédite, transformant une procédure administrative en un test d’influence régionale.
La cible de Kinshasa est clairement identifiée : Louise Mushikiwabo, l’actuelle secrétaire générale et ancienne ministre rwandaise des Affaires étrangères, dont le gouvernement a annoncé sa candidature pour un troisième mandat. En opposant un candidat congolais, la RDC entend « assumer pleinement son leadership » au sein de l’OIF, selon les termes du ministre délégué chargé de la Francophonie, Crispin Mbadu Phanzu. Cette initiative s’inscrit dans la stratégie plus large de Kinshasa visant à isoler diplomatiquement Kigali, qu’elle accuse de soutenir la rébellion du M23 dans l’Est du pays.
Mais cette candidature peut-elle véritablement rassembler au-delà des clivages régionaux ? L’OIF, avec ses 88 États et gouvernements membres, fonctionne traditionnellement sur des consensus et des équilibres géographiques. La campagne électorale, qui s’étalera sur plus d’un an, promet d’être intense. La RDC devra convaincre non seulement les pays africains, mais aussi les membres européens, asiatiques et américains de l’organisation. Elle devra présenter une vision crédible pour l’avenir de la Francophonie, une institution qui cherche constamment à affirmer sa pertinence dans un monde multipolaire.
Le contexte des tensions diplomatiques RDC Rwanda pèse lourdement sur cette élection. Les accusations mutuelles de soutien à des groupes armés adverses – les FDLR d’un côté, le M23 de l’autre – ont rendu tout dialogue bilatéral presque impossible. Le Sommet de la Francophonie, lieu de rencontre par excellence, pourrait ainsi devenir la scène d’une confrontation indirecte. Comment les autres chefs d’État membres réagiront-ils à cette instrumentalisation potentielle d’une organisation culturelle et linguistique pour régler un différend sécuritaire ?
Historiquement, le poste de secrétaire général a souvent fait l’objet de marchandages politiques, mais rarement dans un climat aussi polarisé. La candidature congolaise, dont le nom n’a pas encore été dévoilé, devra incarner à la fois l’ambition de la RDC et l’universalité des valeurs francophones. Elle devra démontrer que la priorité est le rayonnement de la langue française et la coopération multilatérale, et non un simple calcul géopolitique.
Les implications de cette bataille électorale dépassent le simple cadre de l’OIF. Une victoire rwandaise serait perçue à Kinshasa comme une légitimation internationale de Kigali, malgré les accusations persistantes. À l’inverse, une victoire congolaise pourrait être interprétée comme un désaveu des actions attribuées au Rwanda dans l’Est de la RDC. Cette élection devient ainsi un baromètre de l’influence et de la perception de chaque pays sur la scène continentale et francophone.
Alors que la date limite de dépôt des candidatures approche, la diplomatie congolaise est attendue au tournant. Elle doit mener une campagne de conviction, bâtir des alliances et présenter un projet solide. La route qui mène au Cambodge en novembre 2026 s’annonce longue et semée d’embûches. Une chose est certaine : l’élection à la tête de la Francophonie n’aura jamais été observée avec autant d’attention dans la région des Grands Lacs, où chaque geste diplomatique est analysé à l’aune d’un conflit qui refuse de s’éteindre. La capacité de l’OIF à maintenir son unité face à ces tensions sera, en elle-même, un premier verdict.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
