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Nomination des secrétaires généraux en RDC : 16% de femmes seulement dans une réforme qui tarde à féminiser le pouvoir

Dans un geste administratif d’envergure, le Vice-Premier Ministre en charge de la Fonction publique, Jean-Pierre Lihau Ebua, vient de jouer une carte majeure dans la reconfiguration de l’appareil d’État. L’Arrêté ministériel n°008/CAB.VPMIN/FP-MA-ISP/JPL/2026, signé le 28 janvier dernier, scelle la mise en place de 69 secrétaires généraux au sein des administrations publiques congolaises. Cette opération, présentée comme le fer de lance de la modernisation de l’administration, cache pourtant une réalité numérique qui interroge : seulement 11 femmes, soit une maigre proportion de 16%, figurent parmi ces nouveaux décideurs.

Cette nomination des secrétaires généraux en RDC, si elle matérialise une volonté affichée de réforme de l’administration congolaise, semble ainsi buter sur un écueil récurrent : la traduction concrète des principes d’équité. Le gouvernement congolais, par la voix de Jean-Pierre Lihau Ebua, installe des gestionnaires clés dans des ministères aussi stratégiques que les Finances, le Budget, l’Environnement ou les Réformes institutionnelles. Pourtant, l’analyse de la liste révèle une distribution genrée des postes de pouvoir qui contraste avec les discours officiels. Les femmes nommées se voient confier des portefeuilles, certes importants, mais dont la perception les associe souvent aux « affaires sociales » – Genre, Famille et Enfant, Anciens combattants – ou à des secteurs spécifiques comme la Formation professionnelle.

Cette situation pose une question rhétorique de taille : une réforme qui se veut modernisatrice et exemplaire peut-elle véritablement réussir en marginalisant plus de la moitié du potentiel intellectuel et compétentiel du pays ? La représentativité féminine dans l’administration publique devient, à travers cette nomination, un miroir grossissant des lacunes de la gouvernance. Alors que la Constitution congolaise et divers instruments internationaux ratifiés par Kinshasa plaident pour l’égalité des chances et la parité, la pratique administrative semble perpétuer un plafond de verre particulièrement résistant. Le chiffre de 16% est-il le reflet d’une absence de candidates qualifiées, ou le symptôme de barrières systémiques et culturelles persistantes qui filtrent l’accès des femmes aux postes stratégiques en RDC ?

L’initiative de Jean-Pierre Lihau Ebua s’inscrit dans un contexte plus large de volonté de redynamisation de la machine étatique, visant une meilleure performance et une gouvernance apaisée. Néanmoins, en sous-représentant les femmes, cette opération risque de miner sa propre légitimité et son efficacité à long terme. Une administration moderne est par définition inclusive ; elle tire sa force de la diversité des perspectives et des expériences. En limitant la participation féminine à des seuils symboliques, le gouvernement prend le risque de reproduire les schémas de gestion qu’il prétend combattre, alimentant ainsi un scepticisme croissant quant à la sincérité de ses réformes.

Les engagements nationaux, notamment ceux liés à la Stratégie nationale de la parité, semblent ainsi se heurter à la réalité des nominations discrétionnaires. Cette divergence entre le droit formel et la pratique effective constitue un défi politique de premier ordre pour l’exécutif. L’opération de nomination actuelle, si elle consolide l’autorité du ministre en charge de la fonction publique, expose également sa politique à la critique sur un terrain – celui du genre – où la communauté internationale et la société civile congolaise sont particulièrement vigilantes.

En définitive, cette vague de nominations laisse entrevoir les prochains enjeux politiques qui attendent le gouvernement. La faible proportion féminine va-t-elle susciter un débat parlementaire ou une mobilisation des organisations de défense des droits des femmes ? La réforme de l’administration congolaise pourra-t-elle être crédible sans un plan d’action chiffré et contraignant pour corriger ce déséquilibre dans les prochains mouvements ? L’action de Jean-Pierre Lihau Ebua est à un carrefour : elle peut soit entériner un statu quo préjudiciable, soit devenir le catalyseur d’une réflexion approfondie sur les mécanismes de promotion de la compétence, indépendamment du genre. La balle est désormais dans le camp de l’exécutif pour démontrer que modernisation ne rime pas seulement avec nouveaux visages, mais aussi avec une nouvelle éthique de la représentation et du pouvoir.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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