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Fraude à l’OCC : Julien Paluku met à nu un système informatique parallèle à Matadi

Le ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku Kahongya, lance une offensive d’une rare sévérité contre la direction de l’Office Congolais de Contrôle (OCC). Dans une correspondance officielle adressée au directeur général Étienne Tshimanga Mutombo, le ministre dévoile un système présumé de fraude institutionnalisé, pointant du doigt la création d’une administration informatique parallèle pour gérer le contrôle des importations. Cette révélation, qui éclate dans un contexte de défiance généralisée envers l’organe de contrôle, pourrait marquer un tournant dans la gouvernance des entreprises publiques en République Démocratique du Congo.

Un « système opaque » au cœur de la tempête

La charge du ministre du commerce extérieur RDC est lourde et précise. Le grief principal repose sur l’instauration, en marge des procédures officielles, d’un circuit de gestion numérique des dossiers d’importation. « Il vous est reproché l’instauration d’une administration informatique parallèle pour la gestion du contrôle des importations. Ce système opaque, fonctionnant en marge des protocoles officiels, est particulièrement actif au niveau de la Direction Provinciale de Matadi », accuse Julien Paluku. Ce système informatique parallèle Matadi ne serait pas une simple anomalie bureaucratique, mais le vecteur supposé d’un détournement à grande échelle. L’objectif implicite ? Contourner les canaux légaux et financiers pour siphonner des recettes publiques, selon les éléments avancés par le ministre.

Des préjudices financiers colossaux et des pratiques managériales contestées

Au-delà de l’architecture frauduleuse, Julien Paluku dresse un tableau accablant des pratiques financières et managériales. Le directeur général de l’OCC est formellement mis en cause pour « usage du faux » et favorisation de l’utilisation frauduleuse d’attestations de vérification BYVAC BV. Le manque à gagner direct pour les caisses de l’État est estimé à un montant vertigineux : plus de 25 millions de dollars américains pour le seul exercice 2025, lié à plus de 6 640 dossiers litigieux. Comment une telle hémorragie a-t-elle pu passer inaperçue aussi longtemps au sein de l’office congolais de contrôle ? La question, rhétorique, souligne les failles béantes du contrôle interne.

Parallèlement, la gestion des ressources humaines est vivement critiquée. Le ministre rappelle avoir interdit tout recrutement non autorisé depuis septembre 2025, une directive que la direction de l’OCC aurait ignorée en procédant à des « engagements massifs » et à des « promotions de grade frauduleuses ». Cette stratégie budgétivore intervient dans un contexte où l’entreprise publique peine déjà chroniquement à honorer le paiement des salaires dans les délais légaux. Quelle logique administrative peut justifier de telles décisions en période de tension financière ? L’interrogation du ministre Paluku sonne comme une condamnation sans appel d’une gestion jugée irresponsable.

Un ultimatum qui place la balle dans le camp du directeur général

Face à ce catalogue d’accusations, le ministre n’a pas opté pour une suspension immédiate, mais pour une mise en demeure cinglante. Il accorde un délai de vingt jours au DG Mutombo pour fournir des « explications écrites et documentées » sur trois points brûlants : la justification des recrutements interdits, l’identité des concepteurs du système parallèle de Matadi (déployé aussi au Haut-Katanga), et les raisons de « l’évaporation » des recettes. Ces sanctions Julien Paluku, bien que procédurales, placent le directeur général dans une position des plus inconfortables. Son silence ou des réponses jugées insuffisantes pourraient précipiter des mesures disciplinaires plus radicales.

Une crise qui dépasse le simple cadre disciplinaire

Cette affaire éclate dans un paysage déjà miné par la défiance envers l’OCC. L’institution est régulièrement montrée du doigt par la société civile et les consommateurs pour son incapacité présumée à endiguer le flux de produits périmés ou dangereux sur les marchés, notamment à Kinshasa. Les critiques pointent son inaction face à l’importation massive de boissons gazeuses de contrebande, dont la composition chimique serait nocive. Les accusations de corruption pesant sur certains contrôleurs, soudoyés pour produire de faux rapports conformes, achèvent de dessiner le portrait d’un service public en crise de légitimité. La démarche du ministre Paluku apparaît ainsi comme une tentative, tardive mais nécessaire, de reprendre en main un secteur-clé de l’économie et de la sécurité des populations.

L’enjeu dépasse donc la simple sanction d’un haut fonctionnaire. Il s’agit ni plus ni moins d’un test pour la volonté affichée de moralisation de la vie publique et de bonne gouvernance. La réponse du directeur général de l’OCC, attendue sous trois semaines, sera scrutée à la loupe. Va-t-elle apporter des éclaircissements convaincants ou confirmer les dysfonctionnements systémiques ? Dans un cas comme dans l’autre, cette affaire de fraude OCC risque de laisser des traces durables sur la crédibilité de l’institution et d’obliger le gouvernement à engager une réforme en profondeur d’un maillon essentiel, mais manifestement fragilisé, de l’administration congolaise.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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