La zone de santé de Walikale, dans la province du Nord-Kivu, fait face à une résurgence préoccupante de l’épidémie de rougeole. En décembre 2025, plus d’une centaine de cas ont été officiellement recensés, selon les données divulguées lors de la réunion hebdomadaire de la coordination humanitaire du 26 janvier 2026. Ces chiffres, loin d’être anodins, signalent la persistance d’une menace sanitaire grave pour les communautés vulnérables de cette région de la République Démocratique du Congo.
Les services sanitaires locaux tirent la sonnette d’alarme : les enfants âgés de moins de cinq ans constituent la tranche la plus affectée par cette flambée de rougeole. Leur système immunitaire encore immature les expose davantage aux complications sévères de cette maladie virale, tristement célèbre pour sa contagiosité extrême. Comment une maladie que l’on sait pourtant prévenir continue-t-elle de faire autant de victimes parmi les plus jeunes ?
Sur le terrain, l’organisation Médecins Sans Frontières (MSF) a déployé une réponse d’urgence. Grâce à son soutien, plusieurs structures sanitaires de la zone de Walikale offrent une prise en charge médicale gratuite aux malades. L’intervention de MSF Walikale est cruciale pour limiter la mortalité et soulager un système de santé souvent saturé. Cependant, soigner n’est pas suffisant ; il faut comprendre les causes de cette recrudescence.
Le Bureau Central de la Zone de santé (BCZ) pointe du doigt une cause principale : le non-respect du calendrier vaccinal par un nombre significatif de parents. Dans une région où l’accès aux soins peut être difficile et où la méfiance envers la vaccination persiste parfois, la couverture vaccinale reste insuffisante pour créer une immunité collective robuste. Cette situation ouvre grande la porte aux épidémies, comme celle qui frappe actuellement le Nord-Kivu.
Mais qu’est-ce que la rougeole exactement, et pourquoi est-elle si redoutable ? Il s’agit d’une infection virale qui se transmet par l’air, via les microgouttelettes émises lorsqu’une personne infectée tousse ou éternue. Sa contagiosité est telle qu’une seule personne malade peut contaminer jusqu’à 18 autres individus non immunisés. Les premiers symptômes – forte fièvre, toux, écoulement nasal et yeux rouges – sont souvent confondus avec un simple rhume. L’éruption cutanée caractéristique, faite de plaques rouges, apparaît quelques jours plus tard.
Le vrai danger réside dans les complications. La rougeole n’est pas une maladie bénigne. Elle peut provoquer des pneumonies sévères, des encéphalites (inflammations du cerveau potentiellement mortelles), des cécités, ou aggraver la malnutrition. Dans des contextes comme Walikale, où les systèmes de santé sont fragiles, ces complications ont un pronostic souvent sombre. La prévention est donc non seulement un impératif de santé publique au Nord-Kivu, mais aussi une question de survie pour de nombreux enfants.
La vaccination reste l’outil le plus puissant et le plus efficace pour enrayer cette épidémie de rougeole. Le vaccin ROR (Rougeole, Oreillons, Rubéole), administré en deux doses, offre une protection supérieure à 95%. Pourtant, des obstacles persistent : la désinformation sur les effets secondaires, les difficultés d’accès aux centres de santé dans les zones reculées, ou simplement le manque de sensibilisation. Chaque enfant non vacciné est une opportunité pour le virus de continuer à circuler et à muter.
Face à cette urgence, les autorités sanitaires locales lancent un appel pressant aux parents et aux leaders communautaires. Le message est clair : faire vacciner systématiquement tous les enfants conformément au calendrier national est la seule manière de briser la chaîne de transmission. La vaccination des enfants en RDC n’est pas un choix, c’est un devoir pour protéger l’ensemble de la communauté.
Pour endiguer durablement cette épidémie de rougeole à Walikale et prévenir de futures crises, une action concertée est indispensable. Il faut renforcer les campagnes de sensibilisation porte-à-porte, améliorer la logistique pour acheminer et conserver les vaccins (la fameuse chaîne du froid), et intégrer les relais communautaires dans la stratégie. La santé publique dans le Nord-Kivu dépend de cet investissement collectif et de la priorité absolue accordée à la vaccination. Protéger un enfant contre la rougeole, c’est lui offrir un avenir. Protéger toute une génération, c’est assurer la résilience de toute une région.
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
