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RDC : La digitalisation des enseignants, une révolution pour en finir avec les retards de salaire ?

Alors que les retards dans le paiement des salaires des enseignants en RDC sont une source permanente de tension et de précarité, une lueur d’espoir émerge à travers une initiative gouvernementale audacieuse. Le lancement officiel de la digitalisation du contrôle physique des enseignants, orchestré par la Direction nationale de contrôle et de paie des enseignants (DINACOPE), marque-t-il le début d’une nouvelle ère pour le secteur éducatif congolais ? C’est en tout cas la promesse portée par les autorités, réunies jeudi 29 janvier à l’Athénée de la Gombe à Kinshasa, pour acter ce virage numérique historique.

Cette démarche, présentée comme une pierre angulaire de la modernisation du système éducatif, répond à un double défi : maîtriser les effectifs en éliminant les doublons et les « fantômes » qui grèvent les finances publiques, et surtout, garantir un paiement des salaires des enseignants plus fiable et plus rapide. La ministre d’État, ministre de l’Éducation nationale et Nouvelle Citoyenneté, Raïssa Malu Dinanga, a insisté sur la dimension transformatrice de ce projet. « La transition du format papier vers le digital au sein de la DINACOPE répond à un impératif de gouvernance », a-t-elle déclaré, soulignant que cette numérisation renforce la transparence et l’efficacité administrative.

Concrètement, comment fonctionnera cette digitalisation des enseignants en RDC ? Elle repose sur la création d’une base de données centralisée et sécurisée, alimentée par un contrôle mensuel via des tablettes. L’objectif est d’avoir une vision en temps réel des mouvements du personnel sur l’ensemble du territoire. Mais l’innovation la plus attendue par le corps enseignant concerne sans doute le volet pécuniaire. Le projet prévoit en effet la délivrance de cartes de service biométriques à puce multifonctionnelle. Ces cartes biométriques pour les enseignants feront office à la fois de carte d’identité professionnelle, de carte bancaire et de portefeuille électronique.

« Au-delà de l’aspect technique, cette digitalisation prépare le terrain pour la délivrance des cartes de service biométriques à puce. Celles-ci simplifieront ainsi la paie des enseignants, même dans les zones enclavées ou les plus reculées », a expliqué la ministre Raïssa Malu. Pour un enseignant affecté dans un village isolé du Kasaï ou de l’Équateur, cela pourrait signifier la fin des voyages coûteux et risqués pour aller percevoir son salaire en ville. Il pourra retirer ses fonds via un distributeur automatique ou un agent de mobile money, et même régler ses achats par carte. Une petite révolution dans le quotidien de milliers de fonctionnaires.

Alexis Yoka, secrétaire général a.i. du ministère, a détaillé le calendrier de déploiement. Après des tests concluants à Kinshasa et dans le Kongo Central, l’opération s’étendra à d’autres provinces dès le mois de février avant une généralisation progressive sur l’ensemble du pays. « Grâce à ces cartes, les enseignants préalablement identifiés à l’aide de leurs données biométriques pourront retirer leur salaire dans n’importe quel distributeur automatique de billets et auprès de tout opérateur de mobile money », a-t-il précisé. Cette solution technique ambitieuse bénéficie du soutien de la Banque mondiale, à travers le projet PERSE, qui a fourni un important lot d’équipements informatiques.

Cette volonté de modernisation de l’éducation en RDC ne vient pas de nulle part. Elle s’inscrit formellement dans l’objectif stratégique 4 du Plan quinquennal 2024-2029 du gouvernement, qui vise explicitement à intégrer les technologies de l’information et de la communication dans la gestion du secteur. Le but ultime ? Transformer l’éducation en un véritable levier de développement national. En rationalisant la gestion des ressources humaines et financières, l’État espère rediriger des fonds vers l’amélioration des conditions d’apprentissage et de travail.

Mais au-delà des discours et des promesses technologiques, des questions persistent. Le matériel fourni – 1 660 tablettes et 399 ordinateurs – sera-t-il suffisant pour couvrir les besoins de toutes les provinces ? La formation des agents de la DINACOPE et la sécurisation des données biométriques sont-elles garanties ? La connexion internet, souvent défaillante dans de nombreuses régions, ne constituera-t-elle pas un obstacle insurmontable ? Autant de défis pratiques que devra relever cette digitalisation pour être pleinement réussie.

Pour autant, l’initiative est largement saluée comme un pas dans la bonne direction. Elle répond à une demande ancienne des syndicats d’enseignants pour une gestion plus transparente et équitable. Si elle tient ses promesses, elle pourrait non seulement assainir les finances publiques en éliminant les fraudes, mais aussi restaurer la confiance des enseignants envers l’État employeur. Une condition sine qua non pour améliorer le moral des troupes et, in fine, la qualité de l’enseignement dispensé aux enfants congolais.

La réussite de cette modernisation de l’éducation en RDC passera donc par une exécution rigoureuse et inclusive. Les prochains mois seront déterminants pour observer les premières retombées concrètes de cette réforme sur le terrain. Le pari de la DINACOPE est immense : faire de la technologie un outil de justice sociale et de progrès éducatif pour toute une nation. L’avenir dira si cette digitalisation sera le remède tant attendu aux maux chroniques de la paie des enseignants, ou simplement un nouvel écran de fumée technologique. Pour des milliers d’enseignants qui attendent leur dû chaque fin de mois, l’espoir est désormais permis.

Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: Actualite.cd

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Yvan Ilunga
Yvan Ilunga
Né à Lubumbashi, Yvan Ilunga est un passionné de la richesse culturelle du Congo. Expert en éducation et en musique, il vous plonge au cœur des événements culturels tout en mettant en lumière les initiatives éducatives à travers le pays. Il explore aussi la scène musicale avec une analyse fine des tendances artistiques congolaises, faisant d’Yvan une véritable référence en matière de culture.
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