Dans les profondeurs du territoire de Walikale, au Nord-Kivu, une urgence silencieuse frappe la zone de santé de Kibua. Une crise alimentaire persistante menace les fondements mêmes de la communauté, exposant les plus vulnérables – enfants, femmes enceintes et personnes âgées – à des risques sanitaires majeurs. Comment une région au sol fertile peut-elle sombrer dans une telle pénurie ? L’explication réside dans un cocktail toxique d’insécurité et de défaillances structurelles.
Sur le terrain, les structures sanitaires sonnent l’alarme. Les cas de malnutrition, notamment chez les enfants de moins de cinq ans, sont en nette augmentation. Ces jeunes patients, affaiblis par la sous-alimentation, deviennent des proies faciles pour les maladies courantes, créant un cercle vicieux délétère pour la santé communautaire à Kibua. Les écoles ne sont pas épargnées, avec de nombreux élèves tentant de se concentrer les cours le ventre vide, une situation intolérable qui hypothèque l’avenir.
Les racines de cette insécurité alimentaire au Nord-Kivu sont profondes. En première ligne, l’insécurité chronique. Les affrontements armés et la peur des incursions paralysent les agriculteurs. Accéder à son champ devient un parcours du combattant, quand ce n’est pas tout simplement impossible. Certains ont été contraints d’abandonner leurs terres, privant leur famille de sa première source de nourriture. Cette instabilité provoque également des déplacements de population, arrachant des familles entières à leurs moyens de subsistance traditionnels.
Pourtant, le potentiel est là. Le sol est fertile, le climat propice. Alors, pourquoi la crise alimentaire à Kibua perdure-t-elle ? Au-delà de l’insécurité, le secteur souffre d’un manque criant de soutien. La faible valorisation de l’agriculture vivrière en RDC, pourtant essentielle, et l’absence d’encadrement technique limitent sévèrement la productivité. Peu d’agronomes sur le terrain, un accès restreint aux semences de qualité et aux formations adaptées : les paysans sont souvent laissés à eux-mêmes face aux défis de la production.
Face à cette urgence, les acteurs locaux et les spécialistes pointent une solution évidente, bien que complexe à mettre en œuvre : un retour massif et structuré à la terre. Ils plaident pour une véritable révolution de l’agriculture familiale et communautaire. L’objectif ? Rendre chaque ménage acteur de sa propre sécurité alimentaire. Les agronomes encouragent ainsi la création de champs communautaires et de jardins familiaux, et militent pour la vulgarisation à large échelle des bonnes pratiques agricoles. Imaginez l’impact si chaque famille pouvait subvenir à ses besoins essentiels grâce à un lopin de terre bien exploité.
La malnutrition à Walikale n’est donc pas une fatalité. Elle est le symptôme d’un système à reconstruire. La terre, elle, est disponible et généreuse. Ce qui fait défaut, c’est un environnement sécurisé pour les cultivateurs et un accompagnement technique robuste. Investir dans l’agriculture locale, c’est investir dans la santé de la population, dans l’éducation des enfants et dans la stabilité économique des ménages. Pour briser le cycle de la faim et de la maladie, le chemin passe incontestablement par le champ. La sécurité alimentaire reste la pierre angulaire de toute stratégie de développement et de santé publique durable dans la région.
La communauté internationale et les autorités nationales et provinciales doivent entendre cet appel. Soutenir les agriculteurs de Kibua, c’est renforcer la résilience de toute une zone face aux chocs. Des actions concrètes en matière de sécurisation des zones de culture, de distribution d’intrants et de formation pourraient inverser la tendance en quelques cycles agricoles. L’enjeu dépasse la simple production alimentaire ; il s’agit de sauver des vies et de construire un avenir pour les générations futures du Nord-Kivu.
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
