Dans le microcosme politique congolais, marqué par des luttes intestines souvent déconnectées des urgences nationales, la position tranchée du député national Léonard She Okitundu et de son parti, le Parti Social-Démocrate Vert (PSDV), fait office de pavé dans la mare. Lors de sa rentrée politique combinée à un échange de vœux avec ses cadres, l’ancien ministre des Affaires étrangères a délibérément torpillé le consensus émergent au sein de l’opposition, qui voit dans un dialogue politique inclusif la solution miracle à la crise. Pour She Okitundu, une telle initiative est tout simplement « prématurée voire inopportune » tant que l’agression rwandaise et l’occupation d’une partie du territoire par le M23 perdurent. Une prise de position qui isole le PSDV et interroge sur la véritable stratégie de l’ancien diplomate dans la perspective des futurs scrutins.
Le raisonnement de She Okitundu, fondé sur le droit international, est imparable en apparence : comment discuter sereinement de l’avenir du pays quand sa souveraineté est bafouée ? En invoquant la Charte des Nations Unies et l’Acte constitutif de l’Union Africaine, il place la barre très haut et donne à son refus une légitimité morale difficile à contester. Son appel à « libérer les réflexes patriotiques » et à faire taire momentanément les divergences vise à créer une union sacrée face à l’envahisseur. Mais cette posture nationaliste, aussi séduisante soit-elle dans le discours, ne dissimule-t-elle pas une manœuvre politique plus calculée ? En campant en gardien intransigeant de la souveraineté, She Okitundu se pose en contradicteur principal d’une opposition jugée trop conciliante, voire inconsciente du péril.
L’analyse de l’ancien ministre ne s’arrête pas à la critique. Elle opère un virage inattendu en saluant, avec une certaine solennité, la « dynamique » du chef de l’État en 2025. Selon lui, cette année a permis trois succès majeurs : la démystification de Paul Kagame et la reconnaissance internationale de son agression, l’élection de la RDC au Conseil des droits de l’homme et son accession au Conseil de Sécurité de l’ONU. Ce constat positif, émis devant ses fidèles du PSDV, est pour le moins surprenant. S’agit-il d’une tentative de rééquilibrage, d’une main tendue vers le pouvoir en place sur le seul dossier consensuel de la sécurité nationale ? Ou, plus subtilement, d’une manière de rappeler que les vrais succès diplomatiques sont l’apanage des experts – catégorie dont il se revendique – et non du brouhaha politicien ?
Cette sortie médiatique de She Okitundu place l’ensemble de la classe politique devant ses contradictions. Le député joue ici un double jeu périlleux : il rejette le dialogue politique RDC prôné par ses pairs au nom de l’unité contre le Rwanda, tout en validant partiellement l’action gouvernementale sur ce même dossier. Cette position le positionne-t-elle en faiseur de roi, en arbitre au-dessus de la mêlée, ou simplement en outsider qui refuse de jouer selon les règles établies ? En fragilisant le front commun de l’opposition sur la question du dialogue, il prend le risque de paraître isolé, mais pourrait aussi s’attirer les faveurs d’un électorat lassé des querelles partisanes et sensible à l’argument souverainiste.
À l’heure où les projecteurs sont braqués sur l’est du pays, le message est clair : pour le président du PSDV, toute discussion sur la gouvernance interne est une banalisation de l’agression rwandaise. Cette intransigeance fait-elle de lui un visionnaire lucide ou un tacticien qui spécule sur la prolongation de la crise pour mieux affirmer son leadership ? La suite des événements le dira. Elle dépendra de la capacité du gouvernement à infléchir la situation sécuritaire et de la réaction des autres formations politiques, qui devront soit intégrer ce cadre exigeant, soit assumer de poursuivre le débat démocratique malgré l’occupation. Le prochain enjeu pour She Okitundu sera de transformer cette posture de principe en une influence tangible sur le processus décisionnel national, sous peine de voir son discours patriotique rester lettre morte.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
