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Manifestation de femmes à Manguredjipa : l’insécurité paralyse Lubero

La vie s’est une nouvelle fois figée à Manguredjipa, chef-lieu du secteur des Bapere en territoire de Lubero, dans le Nord-Kivu. Pour le deuxième jour consécutif, ce mercredi 28 janvier 2026, les activités socio-économiques sont paralysées. Cette paralysie généralisée fait suite à une manifestation des femmes de Manguredjipa, un mouvement de colère né de l’insécurité chronique qui ronge la région et récemment ravivée par la violence des combattants des Forces Démocratiques Alliées (ADF).

Le paysage de la localité est désolant. Les boutiques restent closes, leurs rideaux de fer baissés comme un rempart contre le chaos. Les champs, habituellement animés, sont désertés, les travaux champêtres suspendus. La circulation, quant à elle, est quasiment à l’arrêt. Cette perturbation des activités socio-économiques plonge la population dans une torpeur inquiète, rappelant les pires heures des crises qui secouent régulièrement l’est de la République Démocratique du Congo.

La veille, mardi 27 janvier, le mécontentement avait pris une forme dramatique. Des centaines de femmes, poussées à bout par l’insécurité à Lubero, avaient érigé des barricades aux principales artères de Manguredjipa. Leur protestation était un cri du cœur, un appel désespéré au retour de la paix. Certaines ont marché pieds nus sur la terre poussiéreuse, d’autres, le torse découvert, brandissant leur indignation comme un étendard face à l’indifférence perçue. Comment en est-on arrivé à de telles extrémités ? La réponse se niche dans la peur omniprésente et la frustration accumulée.

Malheureusement, cette démonstration pacifique a tourné au drame. Les forces de l’ordre, déployées pour contenir la foule, ont ouvert le feu. Le bilan est lourd : deux jeunes garçons ont perdu la vie, fauchés par des impacts de balles. Trois autres personnes ont été grièvement blessées, dont une femme, un nourrisson de six mois et un autre adolescent. Ils ont été évacués en urgence vers des centres de santé, leurs pronostics vitaux restant incertains. Ces violences dans le Nord-Kivu ajoutent une couche de tragédie à un mouvement de protestation légitime.

La colère, après ces tirs, s’est transformée en fureur incontrôlée. Des manifestants en colère se sont dirigés vers la résidence du chef de secteur. Le bâtiment a été vandalisé, une moto réduite en cendres et plusieurs appareils électroménagers saccagés. Le marché local, poumon économique de la communauté, a dû fermer ses portes, accentuant un peu plus la perturbation des activités socio-économiques. Ces scènes de destructions illustrent le profond fossé qui sépare parfois la population de ses représentants locaux, perçus comme impuissants face à la menace.

Cette explosion sociale n’est pas un événement isolé. Elle intervient dans un contexte de terreur récente. Soixante-douze heures seulement avant la manifestation, le village voisin de Musenge, en chefferie des Baswagha, a été le théâtre d’une violente attaque des ADF à Musenge. Les assaillants ont mis le feu à plusieurs habitations, une structure sanitaire et même une église catholique. Cette incursion meurtrière a provoqué un nouveau déplacement massif de civils terrorisés et coûté la vie à deux militaires des Forces Armées de la RDC (FARDC). L’attaque ADF Musenge a servi de détonateur final à la patience épuisée des femmes de Manguredjipa.

La séquence est donc claire : une attaque terroriste, un sentiment d’abandon, une manifestation pacifique, une répression fatale, puis des émeutes. Ce cercle vicieux de la violence résume le calvaire vécu par les populations du territoire de Lubero. Les autorités provinciales et sécuritaires restent silencieuses à ce stade, n’ayant pas encore communiqué officiellement sur les circonstances exactes des décès ou sur les mesures prises pour apaiser les tensions. Une enquête est-elle en cours pour établir les responsabilités dans l’usage fatal de la force ? La question reste en suspens.

Pour l’instant, Manguredjipa retient son souffle. La peur des représailles des groupes armés et le traumatisme des violences de mardi créent un climat de méfiance et de tension extrême. La reprise d’une vie normale semble compromise tant que la question centrale de la sécurité ne sera pas traitée avec une efficacité tangible. Les femmes, par leur courageux mouvement, ont rappelé une vérité criante : sans paix, il ne peut y avoir de développement. Le défi pour les autorités est maintenant de traduire cet avertissement en actions concrètes pour briser enfin le cycle infernal de l’insécurité à Lubero.

Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd

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