La ville de Kananga, chef-lieu de la province du Kasaï-Central, émerge enfin d’une nuit longue d’un mois. Ce dimanche 25 janvier, la Société nationale d’électricité (SNEL) a officiellement réceptionné deux groupes électrogènes d’une capacité totale de 1 000 KVA. Cet investissement d’urgence, fruit d’une décision prise à Kinshasa par la direction générale, vise à mettre un terme à la grave pénurie d’électricité qui paralysait la cité et plongeait ses habitants dans l’obscurité.
Les deux moteurs thermiques de 500 KVA chacun, de marque Herkensa, représentent une bouée de sauvetage pour une population exaspérée. Cette crise trouve son origine dans la défaillance successive des groupes existants, installés en 2021 et tombés en panne, révélant une vulnérabilité chronique du réseau de distribution. Pour Fernand Lukumuena, directeur des réseaux de distribution nationale à la SNEL, cette acquisition était devenue « impérative ». « Le Directeur Général Teddy Lwamba, pour répondre à la vision du Chef de l’État, a décidé d’acquérir ces deux groupes pour l’alimentation de la ville en attendant la finalisation des travaux des centrales de Katende et de Mbombo », a-t-il précisé, soulignant ainsi le caractère temporaire mais nécessaire de cette solution.
L’impact de cette pénurie d’électricité sur l’économie locale, la sécurité et la vie quotidienne a été considérable. La relance de l’éclairage public et domestique est donc un premier soulagement tangible. Mais cette injection de 1000 KVA via des groupes électrogènes est-elle autre chose qu’un pansement sur une jambe de bois ? La question mérite d’être posée, tant le recours au thermique reste coûteux, polluant et instable, contrastant avec le potentiel hydroélectrique immense mais inexploité de la région.
En effet, la SNEL elle-même rappelle que l’horizon d’une stabilité énergétique pour le Kasaï-Central passe par la finalisation des chantiers structurants. Les travaux des centrales de Katende et de Mbombo demeurent les projets phares pour assurer une autonomie énergétique totale à la province. Ces infrastructures hydroélectriques, une fois opérationnelles, devraient transformer radicalement le paysage économique et social en fournissant une énergie propre, abondante et moins onéreuse.
Cet épisode met en lumière un paradoxe congolais récurrent : la gestion dans l’urgence face à des défis structurels. L’alimentation électrique de Kananga repose désormais sur une fragile conjonction de bonnes volontés et de moteurs thermiques, alors que la RDC dispose d’un des plus grands potentiels hydroélectriques au monde. La dépendance actuelle aux groupes électrogènes SNEL illustre les retards accumulés dans la concrétisation des grands projets nationaux.
À court terme, la vigilance reste de mise. La maintenance de ces nouveaux équipements et l’approvisionnement régulier en carburant seront des facteurs clés pour éviter que Kananga ne replonge dans le noir. À plus long terme, l’accélération des travaux sur les barrages de Katende et Mbombo est impérative pour passer d’une logique de survie à une stratégie de développement. L’enjeu dépasse la simple fourniture de courant ; il s’agit de créer les conditions d’une croissance économique inclusive et durable pour toute une région. Le chemin vers la lumière est encore long, mais les premiers moteurs sont désormais en marche.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
