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Denis Mukwege critique les ‘solutions de façade’ pour l’Est de la RDC

Un an après que la ville de Goma soit tombée aux mains de la coalition M23-Rwanda, une voix dissonante s’élève dans le concert diplomatique international. Les proches du Prix Nobel de la paix, Denis Mukwege, portent un diagnostic sans concession sur les récentes tractations menées à Doha ou Washington, qualifiées sans ambages de « solutions de façade ». Cette critique virulente, portée par Marius Mubalama, l’un des communicateurs du Dr Mukwege, lors d’un entretien à Radio Okapi, remet en cause les fondements mêmes de l’approche internationale visant à résoudre le conflit endémique qui déchire l’Est de la RDC. Selon ce camp, une rupture radicale avec les schémas de négociations classiques est impérative, articulée autour d’une triade d’actions aussi ambitieuses que complexes à mettre en œuvre.

Le premier pilier de cette feuille de route alternative repose sur l’application intégrale et sans délai de la résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations Unies, adoptée en 2025. Pour les partisans de Denis Mukwege, ce texte ne représente pas un vœu pieux de plus, mais le cadre juridique et politique indispensable pour sanctionner les agresseurs et exiger le retrait immédiat des troupes étrangères du territoire congolais. « Les ententes internationales récentes à Doha ou Washington ne peuvent pas être la solution. La vraie solution réside dans le respect des textes internationaux déjà votés », martèle Marius Mubalama. Cette insistance sur le droit international existant sonne comme un réquisitoire contre l’impunité et la paralysie de la communauté internationale, pointant du doigt l’écart abyssal entre les déclarations d’intention et la réalité sur le terrain dans l’Est de la la RDC.

Le second axe, tout aussi ambitieux, préconise la tenue d’une conférence internationale dédiée à la paix et à la sécurité dans la région des Grands Lacs. Cette proposition ne se veut pas une simple réunion de plus, mais un forum destiné à clarifier une fois pour toutes les responsabilités de chaque acteur régional dans l’alimentation du conflit. L’objectif annoncé est triple : identifier les coupables, mettre un terme au pillage systémique des ressources naturelles qui sert de carburant à la violence, et garantir la stabilité des frontières héritées de la colonisation. Une telle conférence paix Grands Lacs représenterait un test majeur pour la volonté politique des pays voisins et de la communauté internationale. S’agit-il d’une proposition réaliste ou d’un horizon lointain dans un contexte géopolitique aussi tendu ? La question reste entière, mais elle souligne la profonde frustration face aux mécanismes diplomatiques traditionnels, perçus comme trop timorés.

Enfin, le troisième volet de cette stratégie ramène le projecteur sur le front intérieur. Marius Mubalama insiste sur la nécessité urgente d’un dialogue national sincère et inclusif. Loin des schémas de partage de pouvoir qui ont parfois montré leurs limites, ce dialogue est présenté comme le socle indispensable pour reconstruire la cohésion sociale érodée et définir une stratégie de défense commune. Cette approche reconnaît que la résolution durable du conflit dans l’Est RDC ne peut faire l’économie d’une réconciliation nationale et d’une refonte du contrat social. L’unité nationale n’est plus alors un slogan, mais une condition sine qua non pour faire face aux menaces externes et restaurer l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire.

L’analyse de cette proposition tripartite révèle autant ses forces que ses défis. D’un côté, elle offre une vision holistique qui tente de s’attaquer aux racines profondes du mal : l’ingérence étrangère, l’économie de guerre et la fragmentation interne. Elle replace le droit international, notamment la résolution ONU 2773, au centre du débat, rappelant que les mécanismes de sécurité collective existent, mais qu’ils manquent cruellement de volonté politique pour être appliqués. D’un autre côté, on peut s’interroger sur la faisabilité d’une telle approche dans l’immédiat. L’organisation d’une conférence internationale d’une telle envergure nécessiterait un consensus préalable qui semble aujourd’hui illusoire. De même, la convocation d’un dialogue national crédible suppose une volonté politique à Kinshasa qui n’est peut-être pas au rendez-vous. Le président Tshisekedi joue-t-il son va-tout sur une stratégie de fermeté, au risque de voir la situation sécuritaire se dégrader encore davantage ?

La critique émise par l’entourage de Denis Mukwege constitue, au-delà de son contenu, un signal politique fort. Elle révèle le fossé grandissant entre une partie de la société civile congolaise, lassée par des cycles de violence sans fin, et les couloirs feutrés de la diplomatie internationale. En pointant du doigt les « solutions de façade », elle met en lumière l’échec relatif des approches incrémentales et appelle à un changement de paradigme. La combinaison de pressions onusiennes fermes, d’une diplomatie régionale transparente et d’une unité nationale retrouvée représente un chemin étroit et semé d’embûches. Pourtant, à l’heure où les populations de l’Est continuent de vivre un calvaire quotidien, ces propositions, aussi exigeantes soient-elles, posent une question fondamentale : la communauté internationale et les dirigeants congolais sont-ils prêts à sortir des sentiers battus pour enfin restaurer l’intégrité territoriale de la RDC et offrir une paix durable à ses citoyens ? Les prochains mois seront décisifs pour le gouvernement congolais, pris entre la pression des armes sur le terrain et l’exigence croissante de résultats tangibles.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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