Ce dimanche 25 janvier, le terrain de Tsalaka, dans le territoire de Djugu, a vibré d’une énergie rare. Plus de cinq mille personnes, issues des communautés Hema et Lendu, ont convergé vers ce lieu symbolique pour assister à un événement qui dépasse largement le cadre du sport : un match de football pour la paix. Dans une province, l’Ituri, trop souvent meurtrie par les cycles de violence, cette rencontre sportive inédite depuis près d’une décennie a soufflé un vent d’espoir palpable. L’objectif ? Briser la glace d’une méfiance ancestrale et écrire, ensemble, une nouvelle page de cohésion sociale.
Imaginez la scène : une foule immense, venue des collines environnantes, se pressant autour d’un terrain de fortune. Les cris d’encouragement, les rires, les retrouvailles entre voisins qui s’étaient perdus de vue. Cette affluence massive, la première de cette ampleur depuis 2015, n’est pas le fruit du hasard. Elle est la concrétisation d’un rêve porté par la jeunesse de Lopa, communauté Hema, qui a su tendre la main à ses homologues de Loga, communauté Lendu. Dans un territoire où les contacts étaient restés cantonnés à quelques espaces économiques comme les carrières d’or, ce rassemblement à Tsalaka marque un tournant décisif. Le football, langage universel, s’est imposé comme le vecteur idéal pour ce rapprochement historique.
Mais cette journée ne fut pas qu’une simple partie de ballon. Derrière chaque passe et chaque tir au but se jouait une partie bien plus cruciale : celle du dialogue et de la réconciliation. Profitant d’une accalmie sécuritaire observée depuis trois mois dans la zone, les leaders communautaires ont saisi l’opportunité offerte par cette rencontre sportive pour engager des discussions franches. Les sujets ? La circulation nocturne, les mécanismes d’alerte précoce, et surtout, les moyens de pérenniser cette paix encore fragile. Exupéry Ngbatoma, président de la jeunesse de Lopa et figure centrale de cette initiative, l’affirme : « Cette rencontre a permis d’analyser plusieurs défis pour la promotion de la paix entre nos deux communautés. » Le message est clair : la jeunesse de l’Ituri prend son destin en main et refuse de laisser les vieux démons dicter leur avenir.
L’événement de Tsalaka a également bénéficié d’un soutien institutionnel fort, signe d’une approche multidimensionnelle de la paix. Les autorités militaires étaient présentes, aux côtés des chefs de secteurs et de chefferies. Cette présence symbolise la complémentarité nécessaire entre les opérations de sécurisation menées par les FARDC et les initiatives locales de dialogue. Le football pour la cohésion sociale en RDC devient ainsi un levier concret, démontrant que la paix ne se gagne pas seulement sur le champ de bataille, mais aussi sur le terrain de jeu, par la volonté des populations de retisser des liens brisés.
Alors, ce match à Tsalaka est-il un miracle isolé ou l’amorce d’un mouvement plus profond ? Pour les observateurs locaux, la réponse penche résolument vers la seconde option. Cette journée constitue un signal fort, un exemple tangible de ce que peut accomplir la détermination citoyenne. Elle prouve que lorsque la jeunesse se mobilise pour le dialogue et la paix, les murs de la méfiance peuvent commencer à s’effriter. Le chemin vers une réconciliation durable entre Hema et Lendu reste long, semé d’embûches, mais le coup d’envoi a été donné. Et quel meilleur symbole qu’un ballon de football pour relancer la dynamique du vivre-ensemble en Ituri ? L’avenir nous dira si cette rencontre sportive à Tsalaka marque le début d’une nouvelle ère, où le sport servira régulièrement de ciment social dans cette région en quête de stabilité.
Article Ecrit par Miché Mikito
Source: radiookapi.net
