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Salaire bloqué à Bolobo : trois mois sans paie, la colère gronde contre Afriland First Bank

Les fêtes de fin d’année sont passées, laissant derrière elles un goût amer dans la bouche de centaines de familles à Bolobo. « Nous avons fêté sans argent », lâche, désabusé, un agent de l’État sous couvert d’anonymat. Depuis octobre dernier, plus aucun salaire n’a été viré sur les comptes des fonctionnaires et des professionnels de santé de ce territoire enclavé de la province du Mai-Ndombe. Une situation intenable qui plonge des communautés entières dans une détresse profonde et alimente une grogne sociale grandissante contre la banque Afriland, accusée d’être à l’origine de ce retard de paiement catastrophique.

La semaine dernière, le mécontentement a débordé. Réunis pour exprimer leur colère, les agents ont fait entendre un cri d’alarme unanime. Donat Limbili, administrateur gestionnaire et porte-parole du mouvement, a lu une déclaration poignante devant ses collègues : « Nous ne savons pas jusqu’à présent où se trouve notre argent. Nous avons l’habitude d’être payés par la banque Afriland, mais jusqu’à présent nous sommes sans rien. Nous n’avons aucune assurance de retrouver ces fonds ». Trois mois de salaire bloqué, c’est trois mois de vie en suspens, d’enfants scolarisés difficilement, de soins médicaux reportés et de dettes qui s’accumulent.

Face à ce qu’ils considèrent comme une défaillance majeure, les agents de l’État du Mai-Ndombe ne réclament plus seulement leur dû. Ils exigent une mesure radicale : un changement immédiat de leur institution de paie. Ils pointent du doigt l’IFOD Caritas comme alternative crédible pour prendre en charge leur paie de manière fiable. Ce n’est pas une simple revendication, c’est une question de survie économique pour toute une région. La confiance envers Afriland First Bank est rompue. Comment un système censé sécuriser les revenus peut-il à ce point les mettre en péril ?

Au-delà de l’urgence financière, c’est un profond sentiment d’abandon qui ressort des discussions. « Bolobo est abandonné », résume amèrement un autre fonctionnaire. Les griefs sont nombreux et touchent à l’essence même de leur statut. Les agents dénoncent l’indifférence du gouvernement central concernant leur intégration effective sur les listes de paie, un processus appelé mécanisation. Pire encore, plusieurs collègues en fin de carrière s’apprêtent à partir en retraite sans avoir perçu leurs derniers salaires, ni les primes d’État auxquelles ils ont droit. Partir après des décennies de service les mains vides : quelle reconnaissance pour une vie de travail ?

Cette crise met en lumière les failles persistantes de la bancarisation des salaires des fonctionnaires dans les zones rurales de la République Démocratique du Congo. Bolobo, loin des centres de décision de Kinshasa, semble payer le prix de son éloignement. Les promesses d’un État digitalisé et efficace se heurtent à la dure réalité du terrain, où un simple virement peut devenir un parcours du combattant de plusieurs mois. La colère des agents est-elle le prélude à une paralysie complète des services publics dans le territoire ? La demande est claire : les agents exigent que la planification budgétaire de 2026 intègre enfin la régularisation de la situation de Bolobo.

L’enjeu dépasse largement le simple incident technique. Il questionne la capacité de l’État à garantir un service public digne et équitable sur l’ensemble de son territoire. La paie via l’IFOD Caritas est-elle la solution miracle ? Rien n’est moins sûr, mais pour les fonctionnaires de Bolobo, c’est devenu un symbole d’espoir, une bouée de sauvetage face à un naufrage financier qui dure. La balle est désormais dans le camp des autorités provinciales et nationales. Vont-elles entendre ce cri de détresse venu des rives du fleuve Congo, ou vont-elles laisser la grogne des fonctionnaires se transformer en tempête sociale ? L’avenir de l’administration publique à Bolobo en dépend.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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