La situation humanitaire s’enfonce un peu plus dans l’horreur dans le groupement Mwenye, en territoire de Beni. La persistance des attaques meurtrières attribuées aux combattants des Allied Democratic Forces (ADF) a désormais un impact direct et dramatique sur l’accès aux soins de santé. Selon des sources sanitaires locales, l’insécurité chronique a contraint à la fermeture de l’intégralité des structures médicales de la zone, plongeant des milliers de civils déjà traumatisés dans un désarroi absolu.
Les centres de santé de Mausa, Pombi, Mandelya, Musenge, ainsi que le centre de santé de référence (CSR) de Masoy, chef-lieu du groupement, ont tous cessé leurs activités. Le CSR de Masoya aurait fermé ses portes il y a environ une semaine, marquant le point de non-retour d’une paralysie progressive du système de santé. Cette fermeture généralisée des centres de santé ADF constitue le dernier maillon d’une chaîne de crises qui étreint cette partie de la chefferie de Baswagha, au Nord-Kivu.
Comment une population peut-elle survivre sans le moindre accès à des soins primaires ? La question hante les esprits des habitants et des acteurs de la société civile. La fermeture de ces infrastructures vitales aggrave de manière exponentielle la crise humanitaire RDC, dans une région où les déplacements massifs et la malnutrition sont déjà monnaie courante. La peur est devenue l’horizon quotidien, poussant jusqu’aux professionnels de santé à l’exil ou à la clandestinité pour sauver leur vie.
Le témoignage du président de la Nouvelle société civile congolaise locale, Kambale Muthano Jérémie Mutumwa, est accablant. Il décrit une pression insoutenable sur les rares structures encore debout, comme celle de Biambwe, forcée de soigner gratuitement les membres des groupes armés et leurs familles, une pratique qui a fini par épuiser les ressources et le courage du personnel. « La pression a poussé nos infirmiers à fermer notre structure. Cela vient compliquer la vie de toute la population », a-t-il déclaré, pointant du doigt l’abandon ressenti par les communautés.
Cet abandon se cristallise dans le « silence des autorités » dénoncé avec amertume. Alors que les tueries de civils se succèdent et que les massacres civils Baswagha s’ajoutent à un macabre décompte, l’inaction perçue des pouvoirs publics paralyse tout espoir. Les activités socio-économiques sont à l’arrêt, les écoles sont fermées, et désormais, plus aucun filet de sécurité sanitaire n’existe. Le sentiment est celui d’une zone livrée à elle-même, en proie à une insécurité Nord-Kivu Mwenye devenue structurelle.
Face à ce vide, l’appel est lancé, une fois de plus, vers les forces de défense. Les professionnels de santé et la société civile implorent les autorités militaires de rendre pleinement effectives les opérations « Shujaa », menées conjointement par les Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) et l’Armée ougandaise (UPDF). L’opération Shujaa est-elle en mesure de rétablir un semblant de sécurité permettant la réouverture des centres de santé et le retour des humanitaires ? La question reste entière, tant le groupe armé semble se jouer des offensives.
Le timing de ces fermetures est d’autant plus cruel qu’il suit de près un nouvel épisode sanglant. Pour rappel, dans la nuit du 21 janvier dernier, une attaque attribuée aux ADF a frappé le village de Mavwe-Mavwe, dans la localité de Mandelya. Bilan : cinq civils exécutés, dont quatre femmes, et une dizaine d’habitations réduites en cendres. Ces violences, devenues banales, sont le terreau sur lequel prospère l’effondrement total des services essentiels. Depuis 2024, le groupement Mwenye vit au rythme de cette instabilité chronique, marquée par des déplacements forcés et une terreur constante.
La boucle est vicieuse : l’insécurité chasse les soignants, l’absence de soins accroît la vulnérabilité des populations, les rendant encore plus incapables de faire face aux violences. Sans une réponse sécuritaire robuste et ciblée pour protéger spécifiquement les infrastructures civiles, la spirale infernale ne peut que se poursuivre. Les habitants du groupement Mwenye attendent désormais un signe fort, une action tangible qui leur prouverait qu’ils n’ont pas été oubliés. L’urgence n’est plus seulement humanitaire ; elle est devenue une question de survie immédiate pour des communautés prises en étau entre la violence des armes et la privation des soins les plus élémentaires.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
