La scène politique congolaise traverse une nouvelle zone de turbulences, marquée par une série d’interpellations qui interrogent sur l’équilibre des pouvoirs et le respect de l’État de droit. La Nouvelle Société Civile Congolaise (NSCC) vient de rompre un silence pesant pour exprimer une inquiétude profonde face à ce qu’elle qualifie de « vague d’arrestations » visant des figures de l’opposition et certains hauts gradés militaires. Cette prise de position intervient dans un climat déjà saturé de tensions, où chaque mouvement des services de sécurité est scruté à la loupe.
Dans un communiqué sans ambages, la NSCC pointe du doigt le non-respect des droits fondamentaux garantis par la Constitution de la République Démocratique du Congo. L’organisation exige que toute personne détenue en dehors des délais légaux stricts soit présentée sans délai devant son juge naturel, et ce, uniquement « si des charges sérieuses existent à son encontre ». Cette requête, qui semble pourtant relever de la simple application de la loi, sonne aujourd’hui comme un rappel à l’ordre des institutions. La question des droits de l’homme en RDC se trouve une fois de plus au cœur d’un débat brûlant, alors que les procédures légales semblent parfois s’effacer derrière des considérations plus opaques.
Jonas Tshiombela, coordonnateur de la NSCC, offre une analyse sans fard de la situation. Il voit dans ces opérations nocturnes menées par les services de sécurité une dynamique lourde de menaces, susceptible de peser « sur la stabilité sociale » du pays. Son argumentation est implacable : la persistance de pratiques « opaques » ouvre la porte à des dérives dangereuses. Elle peut, selon lui, conduire à « des manipulations par des acteurs inciviques ou criminels », tout en exposant « inutilement les services de sécurité à des accusations graves ». Le risque ultime ? L’érosion de la confiance, ce ciment fragile entre les institutions de la République et la population qu’elles sont censées servir et protéger. Comment construire un avenir serein lorsque les bases de la justice sont perçues comme vacillantes ?
Concrètement, à Kinshasa, plusieurs opposants politiques, dont des cadres de l’ancien parti au pouvoir, le PPRD, ont été appréhendés dans des circonstances qui « énervent la loi », pour reprendre l’expression vigoureuse de la société civile. Le flou persiste de manière troublante : plusieurs jours après leur arrestation, aucune communication officielle n’a précisé leur lieu de détention, et encore moins les infractions qui auraient motivé leur interpellation. Cette opacité nourrit les rumeurs et attise les craintes d’une justice sélective, voire d’une chasse aux sorcières politique. La NSCC en appelle donc à la libération pure et simple de toutes les personnes concernées, en l’absence d’éléments juridiquement fondés, et rappelle avec force les procédures légales incontournables avant toute privation de liberté.
Le contexte dans lequel surviennent ces événements ne fait qu’en amplifier la portée et la gravité. La vie politique est crispée, l’insécurité règne en maître dans l’Est du pays, et des accusations d’une extrême sévérité – celle de complicité avec les rebelles du M23 – pèsent sur l’ancien président Joseph Kabila, lui-même récemment condamné à la peine capitale par une juridiction militaire. Cette condamnation spectaculaire de l’ancien chef de l’État a créé un choc et a incontestablement rehaussé la température politique. Dans ce paysage volatile, chaque arrestation d’un proche de l’ancien régime est immédiatement interprétée à l’aune de cette rivalité politique exacerbée. Le pouvoir en place joue-t-il un jeu dangereux en durcissant le ton ? Ces arrestations d’opposants en RDC visent-elles à affermir l’autorité de l’État ou, au contraire, à l’affaiblir en sapant sa légitimité démocratique ?
L’appel de la Nouvelle Société Civile Congolaise dépasse la simple dénonciation. Il constitue un signal d’alarme lancé à l’ensemble de la classe politique et des institutions judiciaires. Le respect scrupuleux des procédures légales n’est pas une option mais la condition sine qua non de la paix sociale et de la crédibilité de l’État. Dans une démocratie naissante, la tentation de court-circuiter la loi pour des raisons d’opportunité politique est un poison à effet lent. Les prochains jours seront déterminants. Les autorités parviendront-elles à apporter la transparence exigée et à rassurer sur le caractère impartial de la justice ? Ou bien le flou actuel persistera-t-il, alimentant le soupçon et l’instabilité ? La balle est désormais dans le camp des juges et des responsables politiques. L’équilibre de la nation pourrait bien se jouer sur leur capacité à répondre à cette inquiétante mise en garde.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
