Un silence lourd de peur s’est abattu sur le village de Samba. Ce qui devait être un jour de célébration et de renouveau pour la communauté Bapende s’est transformé, samedi 24 janvier, en une tragédie sanglante. Le bruit sec des coups de feu a brutalement interrompu les chants et les rythmes ancestraux, plongeant la localité dans une terreur que personne n’oubliera. L’intronisation coutumière d’un nouveau chef a tourné au cauchemar, laissant deux vies fauchées et une population entière en fuite, cherchant refuge dans l’épaisseur de la forêt environnante.
« La tension était palpable dès le levé du jour, comme un orage qui menace d’éclater. On savait que cette cérémonie ne faisait pas l’unanimité, mais personne n’imaginait que cela finirait ainsi », confie, la voix tremblante, un ancien du village contacté par nos soins. Les dissensions autour de la légitimité du prétendant au trône, soigneusement contenues pendant des semaines, ont finalement explosé au grand jour. Des échanges verbaux virulents ont rapidement dégénéré en une confrontation physique incontrôlable. C’est au cœur de cette mêlée que les détonations ont retenti, semant une panique indescriptible.
« Nous avons entendu les cris, puis les coups de feu. Tout le monde a couru. Les mères serraient leurs enfants contre elles, les hommes essayaient de protéger les plus vieux. C’était la folie. Beaucoup se sont enfoncés dans la brousse, sans savoir où aller, juste pour s’éloigner des violences Samba Kasaï », témoigne une femme qui a réussi à quitter les lieux. Ce récit illustre la désolation qui règne désormais. Les rues du village, habituellement animées, sont désertes. Les champs sont laissés à l’abandon. La vie sociale et économique est paralysée, figée par la peur de nouveaux affrontements.
Mais au-delà du choc immédiat, cette tragédie pose des questions fondamentales sur la gestion du pouvoir traditionnel aujourd’hui. Comment un rituel censé incarner la continuité et l’unité peut-il virer à un tel déchaînement de violence ? Cette cérémonie traditionnelle qui a conduit à des morts interroge sur les mécanismes de résolution des conflits au sein des chefferies. Le conflit chef traditionnel Bapende révèle les fractures profondes qui peuvent miner une communauté lorsque des intérêts divergents et des ambitions personnelles prennent le pas sur le bien commun et la sagesse des ancêtres.
Les autorités locales se trouvent désormais face à un défi immense. L’absence de communication officielle immédiate après les événements a contribué à alimenter les rumeurs et l’angoisse. « Nous avons besoin que l’État se manifeste, qu’il envoie des forces de l’ordre pour protéger la population et qu’une enquête soit ouverte. Les familles des victimes méritent la vérité et la justice », lance un notable du secteur, exaspéré par le silence des pouvoirs publics. Cette attente criante de justice et de sécurité résume le sentiment d’abandon qui gagne les habitants.
Cette tragédie à Samba n’est malheureusement pas un incident isolé. Elle s’inscrit dans une série de tensions récurrentes autour des successions dans plusieurs chefferies du pays. Ces crises mettent en lumière la difficile cohabitation entre les coutumes ancestrales, parfois instrumentalisées, et les réalités du monde moderne où les enjeux de pouvoir et de ressources peuvent être explosifs. La recherche d’un équilibre entre la préservation d’une identité culturelle précieuse et l’instauration de processus transparents et inclusifs est plus que jamais nécessaire.
Alors que le soleil se couche sur un village traumatisé, les questions restent sans réponses. Qui a tiré ? Pourquoi la dispute a-t-elle pris une tournure aussi mortelle ? Combien de temps faudra-t-il aux familles des défunts pour faire leur deuil, et à la communauté pour se reconstruire ? Les actualités village Samba nous rappellent avec brutalité que la paix sociale est un bien fragile. Elle se construit quotidiennement par le dialogue, le respect des institutions et, surtout, par une volonté farouche de placer la vie humaine au-dessus de toute considération. Le chemin vers l’apaisement sera long, mais il est indispensable pour éviter que l’ombre de ce samedi sanglant ne plane à jamais sur le Kasaï.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
