Dans un contexte politique congolais marqué par une tension croissante, la PPRD diaspora vient de lancer un pavé dans la mare. Par un communiqué rendu public ce 25 janvier, le parti de l’ancien président Joseph Kabila exige ni plus ni moins la dissolution du Conseil national de cyberdéfense (CNC), une institution qu’il qualifie sans ambages d’instrument de répression politique. Cette offensive verbale, qui coïncide avec une série d’arrestations politiques en RDC visant ses cadres, s’accompagne d’un appel pressant à l’Union européenne pour qu’elle passe des paroles aux actes. Le pouvoir de Kinshasa joue-t-il avec le feu en durcissant sa posture à l’approche d’échéances constitutionnelles décisives ?
Le communiqué, d’une virulence remarquée, ne laisse planer aucun doute sur la perception qu’a l’opposition kabiliste de l’actuel climat. Le CNC y est décrit comme une « police politique de type Gestapo technologique », une formule choc qui résume l’accusation centrale : la transformation d’un outil de cybersécurité en appareil parallèle de surveillance et de coercition. Cette dénonciation s’inscrit dans une argumentation plus large dépeignant un État en dérive autoritaire, caractérisé par la « criminalisation de l’opposition » et la « réintroduction de facto de la peine de mort ». La manœuvre du PPRD diaspora est claire : internationaliser le conflit et poser le débat non plus comme une simple rivalité politique, mais comme une bataille pour les fondamentaux de l’État de droit.
Cette stratégie de plaidoyer externe semble trouver un écho, du moins partiel, auprès de certaines capitales européennes. Le parti salue explicitement les positions de la Belgique et de la France en faveur d’un dialogue national inclusif. Les récentes rencontres à Kinshasa et à Bruxelles, où des délégations du PPRD ont été reçues par l’ambassadrice de Belgique et le ministère belge des Affaires étrangères, sont présentées comme le signe d’une « convergence de vues » sur la nécessité d’une décrispation. Le parti rapporte que ces échanges ont porté sur la détérioration sécuritaire et politique, avec une mention particulière des cas d’Aubin Minaku, d’Emmanuel Ramazani Shadary et d’autres cadres récemment interpellés. En pointant du doigt ces arrestations politiques en RDC, le PPRD tente de prouver la réalité de la répression et de légitimer son appel à une médiation externe.
L’exigence de dissolution du Conseil national de cyberdéfense CNC n’est pas anodine. Elle touche à un nerf sensible : la frontière ténue entre sécurité nationale et contrôle des citoyens dans l’ère numérique. En dénonçant des méthodes d’« intimidation, de harcèlement et de coercition extralégale », le PPRD pose une question fondamentale : l’architecture sécuritaire se met-elle au service de la nation ou du régime en place ? Cette accusation, si elle reste à être étayée par des preuves indépendantes, participe à un récit plus large de verrouillage de l’espace politique et civique. La référence à la peine de mort en RDC, brandie comme un épouvantail et un retour en arrière incompatible avec les normes internationales, sert à dramatiser l’enjeu et à alerter la communauté internationale sur une escalade supposée.
La temporalité de cette déclaration est également un élément d’analyse. Elle intervient à quelques jours seulement du Conseil des ministres européens du 29 janvier. Le PPRD diaspora exhorte ainsi l’Europe à transformer son « soutien » verbal en actions concrètes : exiger la libération des détenus politiques, soutenir des mesures de décrispation vérifiables et appuyer un dialogue national inclusif sans exclusives. Cette demande ciblée révèle une fine compréhension des leviers de la diplomatie européenne et une volonté de placer la crise congolaise à l’agenda. Le gouvernement congolais, de son côté, se retrouve sous une double pression : gérer une opposition interne qui se sent muselée et répondre à des partenaires internationaux de plus en plus inquisitifs.
En définitive, la sortie du PPRD en diaspora est moins un simple communiqué de protestation qu’un acte politique calculé. Elle marque une nouvelle phase dans l’affrontement entre l’opposition historique et le pouvoir actuel, désormais joué sur la scène internationale. En liant la dissolution du CNC, la fin des arrestations politiques en RDC et la tenue d’un dialogue crédible, le parti de Joseph Kabila pose ses conditions pour une sortie de crise. La balle est désormais dans le camp de Kinshasa, qui devra arbitrer entre la tentation d’un durcissement répressif et la nécessité de préserver sa légitimité aux yeux de ses bailleurs. La réponse, ou l’absence de réponse, du gouvernement à ces demandes sera un indicateur clé de sa trajectoire politique pour les mois à venir. L’enjeu dépasse la simple querelle partisane ; il engage la capacité du pays à organiser une alternance pacifique dans le respect des délais constitutionnels. La communauté internationale, et notamment l’Europe, observera avec attention les prochains développements, consciente que la stabilité de toute la région est liée à la résolution de cette crise de confiance.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
