La RDC traverse une séquence critique où la violence armée à l’Est, les libertés politiques mises en péril et l’aggravation des crises humanitaires dessinent un horizon d’incertitude et de colère. La multiplication des actes de répression, les avancées du M23, la paralysie des dialogues et la détresse de milliers de citoyens déplacés s’enchaînent sans relâche. Notre société vacille, menacée par la perte de confiance envers ses institutions et un sentiment d’abandon collectif. La situation impose un sursaut de responsabilité nationale et internationale.
Depuis la mi-janvier, les titres de l’actualité congolaise résonnent comme l’inventaire d’une crise multiforme dont l’Est du pays reste l’épicentre. L’intensification des combats entre l’armée, les milices Wazalendo, l’AFC/M23 et d’autres groupes armés à Walikale, Lubero, Uvira, Fizi et Rutshuru a fait basculer des dizaines de localités dans la terreur. Civils exécutés, chefs coutumiers assassinés, villages brûlés, écoles désertées, hôpitaux débordés, pénuries extrêmes, et jusque dans les zones autrefois épargnées, l’insécurité a déjà produit des dizaines de milliers de nouveaux déplacés en quelques jours. En parallèle, l’accès humanitaire se heurte à des barrages, des pénuries de médicaments ou d’eau et à l’impossible réhabilitation d’infrastructures vitales.
Mais ce tableau ne serait pas complet sans évoquer la montée brutale du reflux démocratique. L’arrestation d’Aubin Minaku – figure de l’opposition –, la disparition forcée de Feruzi Kalume, les dénonciations du Forum Citoyen et des avocats quant à la répression « systématique » des voix dissonantes, la persistance d’arrestations arbitraires et la judiciarisation à outrance de toute critique, traduisent une stratégie assumée de rétrécissement de l’espace civique et politique. Le dialogue national que le gouvernement évoque se dilue dans les reports ou les préalables inacceptables, alimentant frustrations et défiance sociale. La société civile, les syndicats et les acteurs de terrain alertent : l’État de droit vacille, la démocratie recule.
En miroir, la scène diplomatique redouble d’intensité. Dialogue intercongolais repoussé, sommet de Lomé, médiation togolaise, pressions justement appuyées du Rwanda et du Burundi pour une sortie de crise « multilatérale », soutien affirmé de la France mais exécution des accords de Washington/Doga toujours bloquée : les coups de téléphone se multiplient mais sur le terrain congolais, la paix reste un mirage. Les secours sont freinés, la diplomatie patine, tandis que la réalité brute s’impose aux familles : la vie ou la fuite.
L’impact de cette spirale touche l’économie, la santé et le tissu social – grèves paralysantes, pénuries, fermetures de services publics, montée du chômage, scandales de gouvernance et questions brûlantes sur l’utilisation des milliards engrangés dans le secteur minier. Nation aux immenses ressources, la RDC observe, sidérée, la déconnexion totale entre richesses extraites et détresse des populations. Les appels pour plus de transparence et de contrôle citoyen émergent, mais leurs échos se perdent souvent dans le brouillard de la crise.
Ce climat délétère, qui succède à une séquence de même intensité la semaine précédente (escalade des affrontements, rejet des dialogues ou enquêtes internationales, multiplication des déplacés), doit interpeller : la souveraineté nationale ne se bâtit pas sur les ruines des maisons, ni sur la peur et la colère. Elle exige la restauration effective de l’autorité de l’État, la fin de l’impunité, l’écoute réelle de toutes les voix et des politiques tangibles contre le chaos social et humanitaire.
L’heure n’est plus aux discours, aux postures ni aux calculs politiques étroits. Il est temps, pour tous – État congolais, responsables politiques, société civile, partenaires régionaux et internationaux –, de placer l’intérêt public au centre et de briser le cycle de la violence et de l’inaction. La stabilité et la justice dans l’Est, la restauration des libertés fondamentales et des cadres démocratiques solides, la transparence dans la gestion des ressources, voilà les conditions impératives pour éviter à la RDC de basculer dans l’irréversible. À la société congolaise toute entière de se mobiliser, par l’engagement, la solidarité et la vigilance, pour tirer le pays hors de l’ombre. L’histoire retiendra notre capacité à tenir bon face à la tentation du déni et à défendre, ensemble, la dignité nationale.
— La Rédaction de CongoQuotidien
