En République Démocratique du Congo, où les conflits armés et les crises humanitaires secouent plusieurs régions, le droit à l’éducation est quotidiennement menacé. Des milliers d’écoles sont fermées, des enseignants déplacés, et des enfants privés de leur avenir. Face à cette urgence persistante, le ministère de l’Éducation nationale et Nouvelle Citoyenneté a choisi la Journée internationale de l’éducation, le 24 janvier, pour dévoiler un outil stratégique majeur : la Stratégie de l’Éducation et de la Formation en Situations d’Urgence (SEFSU) couvrant la période 2025-2029. Validé en août dernier, ce document cadre répond-il aux attentes des acteurs de terrain ?
La SEFSU 2025-2029 se présente avant tout comme un rempart contre la dislocation du système éducatif. Son objectif central ? « Sanctuariser » l’école, en faire un espace de protection et de paix, même au milieu des tumultes. « L’éducation doit être sanctuarisée. L’école doit rester un espace de protection, de paix et de continuité, même dans les zones affectées par la guerre », insiste le communiqué du ministère. Concrètement, cette stratégie éducation urgences RDC prévoit un ensemble de mesures pour assurer la continuité des activités scolaires, renforcer la résilience des infrastructures et du personnel éducatif, et garantir un accompagnement psychosocial aux élèves les plus vulnérables. Pour l’éducation en situations d’urgence en Congo, il s’agit d’une avancée significative dans la reconnaissance des besoins spécifiques des enfants en crise.
Innovation notable de cette SEFSU 2025-2029 : la place accordée à la jeunesse. Alignée sur le thème de l’UNESCO, la stratégie considère les jeunes comme des « moteurs de la transformation éducative en période de crise ». Ils sont invités à co-créer les solutions, passant du statut de bénéficiaires à celui de partenaires actifs. Cette approche participative peut-elle véritablement influencer les pratiques sur le terrain ? Elle suppose un changement de mentalité et des mécanismes concrets d’implication, qui restent à définir. Le ministère de l’Éducation nationale RDC mise sur cette dynamique pour renforcer l’appropriation locale des actions.
Le financement est évidemment la clé de voûte de ce dispositif. Le coût global de mise en œuvre est estimé à 824 198 072 dollars américains sur cinq ans. Une somme colossale, qui traduit, selon le ministère, la volonté des autorités d’investir durablement dans le capital humain. Mais dans un pays où les ressources sont limitées et les priorités multiples, la question du financement éducation urgences se pose avec acuité. D’où viendront ces fonds ? Le gouvernement congolais compte-t-il sur la communauté internationale pour combler l’écart ? Le secrétaire général à l’Éducation nationale a rappelé que « l’éducation constitue la première ligne de défense d’une nation en crise », mais les déclarations d’intention suffiront-elles à mobiliser les donateurs ?
La validation de la SEFSU 2025-2029 est une étape nécessaire, mais insuffisante. Sa réussite dépendra de la capacité à traduire les engagements en actions tangibles. Le ministère de l’Éducation nationale RDC appelle à une mobilisation générale des acteurs nationaux et internationaux. « Investir dans cette stratégie, c’est faire le choix de protéger le capital humain congolais et de garantir la continuité de l’apprentissage, quelles que soient les difficultés », conclut le communiqué. Cependant, les défis opérationnels sont immenses : coordination entre acteurs, logistique dans des zones d’accès difficile, formation des enseignants aux pédagogies adaptées aux crises.
En définitive, la publication de la SEFSU 2025-2029 marque un tournant dans la gestion de l’éducation en RDC. Elle offre un cadre pour structurer les interventions d’urgence et pour plaider en faveur de financements dédiés. Mais au-delà du document, c’est l’engagement politique et financier qui sera déterminant. Protéger l’éducation, c’est protéger l’avenir du Congo. Le chemin est semé d’embûches, mais ignorer l’urgence éducative n’est plus une option. La stratégie pose les bases ; sa mise en œuvre réelle sera le vrai test.
Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: Actualite.cd
