Au cours du dernier trimestre 2025, plusieurs centres de santé de Goma, dans la province du Nord-Kivu, ont fait face à une pénurie inquiétante de fiches de vaccination. Bien que le Programme élargi de vaccination (PEV) ait rétabli l’approvisionnement début 2026, cette rupture temporaire d’outils de suivi laisse des traces et soulève des craintes légitimes d’erreurs médicales et de gaspillage de doses de vaccins. Comment une simple fiche de papier peut-elle mettre en péril l’efficacité d’une campagne de santé publique essentielle ?
La fiche de vaccination est bien plus qu’un document administratif ; c’est le carnet de route indispensable qui guide les soignants et les parents dans le respect du calendrier vaccinal. Sans elle, le suivi des doses administrées devient un casse-tête logistique, exposant les enfants à des risques de vaccination inadéquate. Dans un contexte où la protection contre les maladies évitables est cruciale, toute faille dans ce système peut avoir des répercussions significatives.
Le risque le plus immédiat est celui de la « double dose ». Prenons l’exemple du centre de santé Afia Himbi à Goma. Malgré la réception de nouvelles fiches, les enfants vaccinés pendant la période de rupture se retrouvent sans historique écrit. L’infirmier Frank Ndachegere alerte sur cette situation : « Cela crée des confusions. La maman peut ne pas maîtriser le nombre de doses reçues, ce qui peut amener l’infirmier à injecter deux fois le même antigène à l’enfant. » Bien que cette répétition ne soit pas dangereuse pour la santé de l’enfant – elle agit même comme un rappel immunitaire –, elle représente une perte économique et sanitaire non négligeable. Chaque dose administrée inutilement est une dose qui manquera à un autre enfant, fragilisant ainsi la couverture vaccinale collective.
Face à ces inquiétudes, le Programme Élargi de Vaccination (PEV) apporte des clarifications sur l’origine de cette pénurie de fiches vaccinales. Le médecin coordonnateur provincial, Dr Hans Bateyi, assure que la province dispose de stocks suffisants pour couvrir les besoins sur deux ans. Selon lui, les ruptures observées dans certains centres de santé de Goma sont dues à un défaut de commande locale et non à une insuffisance au niveau provincial. « Tous les vaccins et outils sont disponibles. Les gestionnaires des centres doivent anticiper leurs besoins et passer commande à temps », explique-t-il. Cette mise au point vise à rassurer la population sur la disponibilité des intrants tout en appelant à une gestion plus rigoureuse des stocks au niveau local.
Cette situation met en lumière l’importance cruciale d’une chaîne logistique fluide, depuis les entrepôts provinciaux jusqu’au lit du patient. La gestion des stocks de santé, y compris les fiches de vaccination, nécessite une planification minutieuse et une coordination efficace entre tous les maillons du système. Pour éviter de futures ruptures, les centres de santé doivent renforcer leurs procédures de suivi et de commande, tandis que les autorités sanitaires doivent maintenir un monitoring étroit de la distribution.
Pour les parents, il est essentiel de conserver précieusement tout document prouvant la vaccination de leur enfant, même en période de pénurie de fiches. En cas de doute, la communication avec le personnel soignant est primordiale pour reconstituer l’historique vaccinal et éviter les erreurs. La vaccination reste un pilier de la santé publique en RDC, et chaque dose compte pour protéger les générations futures contre des maladies potentiellement graves.
En conclusion, l’épisode de pénurie de fiches vaccinales à Goma sert de rappel : la réussite des programmes de santé ne dépend pas seulement de la disponibilité des médicaments, mais aussi d’outils de suivi adéquats et d’une gestion logistique irréprochable. Avec une vigilance accrue et une collaboration renforcée entre le PEV et les centres de santé, il est possible de garantir que chaque enfant reçoive les doses nécessaires, sans gaspillage et en toute sécurité.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
