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Incendie criminel à Bokungu : le siège de la DINACOPE Tshuapa réduit en cendres, le ministère réagit

Un silence lourd plane ce vendredi sur le quartier administratif de Bokungu, dans la province de la Tshuapa. La vue de la résidence officielle du directeur provincial de la Direction nationale de contrôle, de la préparation de la paie et de la maîtrise des effectifs des enseignants (DINACOPE), désormais réduite à un amas de pierres noircies et de poutres calcinées, parle d’elle-même. Dans la nuit du jeudi 22 janvier, un incendie d’origine criminelle, attribué à des personnes non encore identifiées, a ravagé ce symbole de l’administration éducative locale, envoyant un message de violence glaçant à l’ensemble du secteur.

Comment un tel acte a-t-il pu se produire au cœur d’une cité provinciale, visant directement les institutions chargées de la gestion du précieux corps enseignant ? L’incendie de Bokungu ne se résume pas à la destruction d’un bâtiment ; il frappe au portefeuille et à la sécurité de tous les enseignants dont les dossiers et les données de paie sont gérés depuis ce bureau. La DINACOPE est un maillon essentiel, souvent méconnu, de la chaîne qui permet à des milliers d’éducateurs de recevoir leur salaire. Son attaque pose une question fondamentale : jusqu’où l’insécurité et les tensions sociales peuvent-elles entraver le fonctionnement même de l’école congolaise ?

La réaction des autorités centrales a été immédiate et ferme. Le secrétaire général du ministère de l’Éducation nationale et de la Nouvelle Citoyenneté, Alexis Yoka, a convoqué une réunion d’urgence le soir même des faits. Condamnant avec la plus grande vigueur cet « acte incivique et criminel », il a pointé du doigt la responsabilité des autorités locales. « Nous en appelons à la responsabilité directe du gouverneur de la Tshuapa ainsi que de toutes les autres autorités pour assurer la sécurisation du personnel du ministère de l’Éducation nationale », a-t-il déclaré, lançant un appel clair à une mobilisation générale pour protéger les agents de l’État.

Au-delà des condamnations, c’est la promesse de mesures administratives conséquentes qui retient l’attention. Le ministère examine actuellement la situation pour déterminer la réponse appropriée. Ces mesures pourraient aller du renforcement sécuritaire des infrastructures à des audits ou des restructurations internes au sein de la DINACOPE Tshuapa. Cet incident met en lumière les pressions et les conflits qui peuvent entourer la gestion de la masse salariale des enseignants, un enjeu financier colossal et sensible dans toutes les provinces.

Sur le terrain, l’émotion est palpable parmi les agents. « C’est notre bureau qui part en fumée, mais c’est surtout la peur qui s’installe », confie, sous couvert d’anonymat, un agent contacté par nos soins. « Travailler pour la paie des enseignants, c’est parfois se mettre en danger. On espère que ces mesures administratives annoncées incluront une vraie protection pour nous permettre de faire notre travail sereinement. » Ce témoignage résume le sentiment d’abandon que peuvent ressentir les fonctionnaires en province, loin des yeux des décideurs de Kinshasa.

L’incendie de la résidence du directeur provincial interroge également sur le climat social dans la région. Est-ce l’expression d’une colère populaire mal dirigée, d’un conflit local, ou d’une tentative d’intimidation plus organisée ? Les enquêtes devront le déterminer. Pour le professeur Jean-Baptiste M., sociologue à l’Université de Kisangani, « ce genre d’événement est un symptôme. Il révèle les fractures entre l’administration centrale, perçue comme lointaine et parfois inefficace, et les attentes des populations, y compris des enseignants en attente de leurs droits. La réponse ne doit pas être seulement sécuritaire, mais aussi sociale et dialoguée. »

L’enjeu, in fine, dépasse largement le cadre de Bokungu. La capacité de l’État à protéger ses institutions, notamment celles du secteur éducatif, est fondamentale pour la stabilité et le développement. Si les agents de la DINACOPE ou d’autres services doivent travailler dans la crainte, c’est toute la machine éducative qui risque de gripper. La promesse de Alexis Yoka de prendre des mesures administratives appropriées sera donc scrutée à la loupe. Sera-t-elle l’occasion d’une réforme plus profonde pour rapprocher cette administration sensible des préoccupations du terrain et mieux la sécuriser ?

Alors que les cendres refroidissent à Bokungu, l’incendie allume surtout un signal d’alarme pour les autorités congolaises. La sécurité des personnels éducatifs et administratifs est un préalable non négociable à toute ambition de réforme et d’amélioration de la qualité de l’enseignement. La réponse à cet acte criminel sera un test de la détermination de l’État à assainir et sécuriser un secteur crucial pour l’avenir de millions d’enfants congolais. La balle est désormais dans le camp du gouvernement provincial et des services de sécurité, sous le regard vigilant du ministère de l’Éducation nationale.

Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: radiookapi.net

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Yvan Ilunga
Yvan Ilunga
Né à Lubumbashi, Yvan Ilunga est un passionné de la richesse culturelle du Congo. Expert en éducation et en musique, il vous plonge au cœur des événements culturels tout en mettant en lumière les initiatives éducatives à travers le pays. Il explore aussi la scène musicale avec une analyse fine des tendances artistiques congolaises, faisant d’Yvan une véritable référence en matière de culture.
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