La procédure judiciaire visant le gouverneur du Kongo Central, Grâce Bilolo, pour des faits présumés de détournement de deniers publics, a franchi une étape décisive. Le Procureur général près la Cour de cassation a transmis, ce vendredi 23 janvier, un réquisitoire au bureau de l’Assemblée provinciale, sollicitant l’autorisation d’instruire ce dossier sensible. Cette requête formelle marque le début d’un processus parlementaire crucial, le bureau de l’assemblée délibérante devant se réunir en urgence pour examiner la demande du ministère public.
Les fondements de cette procédure judiciaire RDC remontent à une mission de contrôle ordonnée par la Présidence de la République et conduite par l’Inspection générale des finances (IGF). Lancée le 15 août 2025, l’enquête ciblait spécifiquement la gestion de la redevance pétrolière ainsi que des recettes générées par les péages dans la province du Kongo Central. Les conclusions des auditeurs, rendues publiques, ont mis en lumière un manquement grave : un détournement évalué à plus d’un million de dollars américains. Ces fonds, destinés au développement provincial, se seraient ainsi évaporés, alimentant les suspicions de détournement de fonds Kongo Central à grande échelle.
Cette IGF enquête redevance pétrolière n’aurait cependant pas été initiée sans la vigilance de la société civile. Elle fait suite à deux saisines formelles de la « Cohésion provinciale des notables issus des 366 groupements du Kongo Central ». Ces notables Kongo Central, garants traditionnels de la redevabilité, avaient dénoncé avec force une opacité persistante dans la gestion des ressources financières. Parmi les griefs figuraient en bonne place la gestion obscure des fonds de redevance pétrolière, le détournement des allocations destinées aux entités territoriales décentralisées, et des marchés publics douteux, notamment l’achat en Angola d’engins et de tracteurs d’occasion à des prix jugés exorbitants.
Cependant, malgré l’avancée que constitue le réquisitoire du procureur, une partie des plaignants estime que la lumière est loin d’être faite. Le président de la cohésion des notables, Joseph Mabanga, a publiquement qualifié l’enquête de « bâclée », contestant vigoureusement le montant avancé par l’IGF. Selon ses affirmations, soutenues par d’autres membres influents, l’ampleur réelle des détournements de fonds Kongo Central avoisinerait le montant astronomique de cinquante millions de dollars. Une divergence d’une telle magnitude pose une question cruciale : l’enquête initiale a-t-elle pu saisir l’intégralité du système présumé de prédation ? M. Mabanga a annoncé son intention de déposer une requête supplémentaire auprès du Chef de l’État et du Procureur général pour exiger l’ouverture d’une seconde investigation, plus approfondie et indépendante.
Face à ces accusations gravissimes, la défense du gouverneur Grâce Bilolo commence à s’organiser. Par la voix de son chargé de communication, Martin Solo, le chef de l’exécutif provincial a fait savoir qu’il était officiellement informé de la procédure en cours. Sur les réseaux sociaux, ce dernier a assuré que le gouverneur, confiant dans l’issue du processus, se tenait prêt à présenter ses moyens de défense devant les députés provinciaux. Il a précisé que cette comparution interviendrait dès que l’Assemblée provinciale, par le biais d’une invitation formelle, lui en donnerait l’opportunité. Cette posture souligne l’importance du respect des formes juridiques dans cette affaire qui captive l’attention nationale.
La balle est désormais dans le camp de l’Assemblée provinciale du Kongo Central. La décision de son bureau, attendue dans les plus brefs délais, conditionnera la suite des événements. L’autorisation d’instruire, si elle est accordée, ouvrira la voie à une instruction judiciaire proprement dite, pouvant potentiellement mener à une mise en examen. Dans le cas contraire, la procédure s’arrêterait net, une hypothèse qui susciterait sans doute de vives réactions parmi les notables Kongo Central et l’opinion publique. Cette affaire teste ainsi les mécanismes de contrôle et la séparation des pouvoirs au niveau provincial.
Au-delà du sort personnel du gouverneur Grâce Bilolo, ce dossier cristallise des enjeux majeurs de gouvernance et de transparence dans la gestion des ressources naturelles en RDC. L’utilisation des revenus pétroliers, souvent perçue comme opaque, est ici scrutée à la loupe. La manière dont les institutions judiciaires et parlementaires traiteront cette affaire sera perçue comme un test de leur capacité à lutter contre l’impunité présumée des élites. Les prochains jours, avec la réunion urgente du bureau de l’assemblée, seront donc déterminants pour l’avenir politique de la province et pour la crédibilité de la procédure judiciaire RDC dans son ensemble.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net
