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RDC : Les femmes pêcheuses de Kinshasa visent le pouvoir politique d’ici 2028

À l’heure où les préparatifs des scrutins à venir commencent à dessiner les nouvelles cartes du pouvoir en République Démocratique du Congo, une initiative ciblée vient rappeler que l’arène politique ne se limite pas aux cercles traditionnels. Jeudi dernier, dans l’effervescence de la Cité des pêcheurs de Kinkole, dans la commune de la N’Sele à Kinshasa, une cinquantaine de femmes, habituées aux filets et aux étals de poisson, ont échangé sur un tout autre type de prise : celle du pouvoir décisionnel. L’atelier de sensibilisation orchestré par le Réseau pour le développement intégral (REDIC-AW FISH Net) avait un objectif clair : inciter ces femmes pêcheuses et transformatrices à investir le champ politique en vue des prochaines échéances électorales, notamment celles de 2028.

La coordonnatrice nationale de REDIC-AW FISH Net, Patricia Maïsha, a planté le décor avec une évidence souvent négligée : l’importance cruciale des femmes dans la chaîne de valeur de la pêche et de l’aquaculture en RDC. « Ces femmes ont désormais intérêt à faire entendre leurs voix », a-t-elle lancé, pointant du doigt un paradoxe criant. Comment un secteur si vital pour la sécurité alimentaire et l’économie locale peut-il rester aussi marginalisé dans les couloirs du pouvoir ? La question, rhétorique, résonne comme une critique implicite des mécanismes d’exclusion qui persistent. Le plan d’action présenté par l’ONG, qui s’étale jusqu’en 2028, vise justement à briser ce plafond de verre par le renforcement des capacités en leadership et la promotion active de la participation politique des femmes.

« La finalité est que les femmes pêcheuses RDC puissent prendre conscience de leur rôle et de leurs responsabilités, compte tenu de leur nombre et de leur participation à la sécurité alimentaire dans notre pays », a expliqué Patricia Maïsha. Son plaidoyer va au-delà du simple appel à la candidature. Il s’agit d’une vision stratégique : la présence de ces expertes du terrain dans les instances de décision pourrait, selon elle, « booster non seulement le travail de pêche, l’aquaculture mais également ce secteur longtemps marginalisé ». En d’autres termes, il ne s’agit pas seulement d’une quête de représentation, mais d’un levier potentiel pour des politiques publiques plus efficaces et ancrées dans la réalité socio-économique des communautés.

Cette démarche de REDIC-AW FISH Net interroge la maturité du paysage politique congolais. Alors que les discours sur l’autonomisation des femmes sont légion, leur traduction concrète en influence politique réelle reste un défi de taille. L’atelier sensibilisation Kinshasa agit comme un micro-événement révélateur des tensions plus larges. D’un côté, une société civile qui tente d’élargir l’assise des futurs décideurs ; de l’autre, un système politique souvent accusé de reproduire les mêmes élites. La volonté affichée de s’appuyer sur des partenaires techniques et financiers pour ce plan jusqu’en 2028 montre une approche méthodique, mais soulève aussi la question de la pérennité et de l’indépendance de telles initiatives.

Quel impact réel peut avoir la mobilisation d’une cinquantaine de femmes sur la scène politique nationale, surtout à l’approche des élections 2028 RDC ? L’enjeu dépasse le simple nombre. Il réside dans la symbolique et dans la capacité à créer un précédent, à normaliser la présence des voix du secteur informel et essentiellement féminin dans le débat public. Le pari de REDIC-AW FISH Net est audacieux : transformer la légitimité économique et sociale de ces travailleuses infatigables en capital politique. Un processus qui, s’il aboutit, pourrait réinjecter dans la gouvernance congolaise une dose de pragmatisme bienvenue, loin des seules considérations politiciennes.

La route vers les urnes de 2028 sera longue et semée d’embûches. Pour ces femmes de la N’Sele, le premier défi est peut-être de surmonter l’auto-censure et la « sous-estimation » contre lesquelles l’atelier les a mises en garde. Le second, autrement plus complexe, sera de naviguer dans un système politique notoirement difficile d’accès pour les outsiders. Leur réussite ou leur échec servira de test significatif sur l’ouverture réelle du jeu démocratique congolais à ses forces vives les plus concrètes. L’atelier de Kinkole n’est peut-être qu’une pierre lancée dans l’eau, mais ses cercles concentriques pourraient bien finir par atteindre les rives du pouvoir.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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