Le ciel tunisien s’est déversé d’un coup, libérant des trombes d’eau qui ont transformé les rues en torrents déchaînés. En seulement 24 heures, des records de pluviométrie ont été pulvérisés, avec jusqu’à 200 millimètres d’eau tombés en certains endroits. Les images sont glaçantes : voitures emportées, artères vitales sectionnées, et des familles contraintes de fuir leurs foyers submergés. Ce déluge, d’une violence inouïe depuis plus d’un demi-siècle, a déjà fait deux victimes et plongé des villes entières dans le chaos. Face à cette urgence, une question obsédante émerge : la Tunisie est-elle condamnée à subir de telles colères climatiques ?
Les chiffres parlent d’eux-mêmes et dessinent une carte nationale de la désolation. De Sidi Bou Saïd à La Goulette en passant par Hammam Lif, les relevés de l’Institut National de Météorologie (INM) témoignent d’un événement exceptionnel. Ces pluies diluviennes en Tunisie n’ont rien d’une simple averse ; elles représentent un choc systémique pour des infrastructures déjà fragilisées par le manque d’entretien. Les réseaux d’assainissement, vétustes, ont rapidement montré leurs limites, transformant chaque quartier en bassin de rétention. Cette catastrophe naturelle en Tunisie est un révélateur cruel de la vulnérabilité du pays.
Alors que les réseaux sociaux évoquaient la tempête Harry, les météorologues tunisiens apportent un éclairage différent. Selon l’ingénieur Sarhane Rahali de l’INM, ces perturbations sont le fruit de « cellules orageuses, actives en mer ». Cependant, derrière ce phénomène ponctuel se profile une ombre bien plus grande : le changement climatique. La Méditerranée se réchauffe à un rythme effréné, alimentant en vapeur d’eau les systèmes météorologiques et augmentant l’intensité des précipitations. La tempête en Tunisie de ces derniers jours n’est peut-être qu’un avant-goût d’un futur plus instable et plus violent.
La question n’est plus de savoir si un tel événement se reproduira, mais quand et avec quelle force. La Tunisie est classée parmi les pays les plus exposés aux effets du réchauffement climatique. Un rapport de la Banque mondiale estime que les inondations à elles seules coûtent annuellement près de 40 millions de dollars au pays, soit 0,1% de son PIB. Cette facture économique s’ajoute au coût humain et social insupportable. L’urbanisation galopante et l’artificialisation des sols aggravent encore le phénomène, empêchant l’eau de s’infiltrer et accélérant le ruissellement destructeur. Sommes-nous préparés à affronter cette nouvelle réalité ?
Face à cette urgence, les experts tirent la sonnette d’alarme et proposent une feuille de route. L’impératif est double : moderniser en urgence les systèmes d’alerte précoce et investir massivement dans les infrastructures de protection. La transformation des services hydrométéorologiques nationaux en une entité moderne et réactive est présentée comme une priorité absolue. Les avantages d’un tel investissement dépasseraient largement les coûts, en sauvant des vies et en protégeant le tissu économique. Il ne s’agit plus de simple adaptation, mais de survie.
Les pluies torrentielles se sont calmées, laissant place à un paysage de désolation et à une angoisse sourde. Cette crise est un signal d’alarme impossible à ignorer. Elle nous rappelle que les catastrophes naturelles ne sont plus des fatalités lointaines, mais des réalités tangibles qui frappent à notre porte. La modernisation des réseaux, le renforcement des digues, et une planification urbaine plus résiliente ne sont pas des options, mais des nécessités vitales. La Tunisie parviendra-t-elle à se réinventer face à la menace climatique, ou continuera-t-elle à subir, impuissante, les assauts d’une nature de plus en plus déréglée ? L’heure n’est plus aux constats, mais à l’action.
Article Ecrit par Miché Mikito
Source: mediacongo.net
