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Nigéria: la police avoue l’enlèvement de 170 fidèles à Kaduna après des démentis

Les autorités policières du Nigeria ont été contraintes de reconnaître l’enlèvement de plus de 170 personnes dans l’État de Kaduna, dans le nord du pays. Un revirement spectaculaire après des démentis catégoriques, révélant une gestion fébrile de la crise sécuritaire. Cette volte-face intervient dans un contexte de pression internationale accrue, marquée notamment par des frappes américaines conduites le jour de Noël contre des présumés camps terroristes.

L’attaque, survenue dimanche, a ciblé trois églises lors des offices dominicaux dans la zone de Kurmin Wali. Les assaillants, identifiés comme des “bandits”, ont opéré en toute impunité, enlevant des fidèles par dizaines. Le révérend Joseph Hayab, président de l’Association chrétienne du Nigeria pour le nord du pays, a été l’un des premiers à alerter sur l’ampleur de ce kidnapping de masse. Un rapport des Nations Unies est venu confirmer ces informations, face aux premières dénégations des autorités locales.

En effet, le chef de la police de l’État de Kaduna et plusieurs hauts responsables gouvernementaux avaient initialement qualifié ces rapports de “totalement faux”. Il a fallu attendre la déclaration tardive, mardi soir, du porte-parole de la police nationale, Benjamin Hundeyin, pour qu’un “enlèvement” soit officiellement reconnu. Les opérations pour localiser et secourir les victimes ont alors été annoncées. Ce décalage dans la communication officielle interroge sur la transparence et l’efficacité des mécanismes de réponse face à l’insécurité chronique qui mine le nord du Nigeria.

Selon l’analyste en sécurité Kabir Adamu de Beacon Consulting, cette situation est symptomatique de dysfonctionnements profonds. “Le faible déploiement des forces de sécurité dans les villages, l’existence d’informateurs ainsi que la méfiance entre les forces de sécurité et les habitants, favorisent ces incidents”, explique-t-il. La pression sur les agences de sécurité pour qu’elles montrent des résultats les pousserait même à dissimuler certains événements, une pratique dangereuse qui laisse le champ libre aux criminels.

Cette affaire s’inscrit dans une vague de violence inquiétante. Depuis novembre, les enlèvements de masse, une triste spécialité du pays depuis l’émergence de Boko Haram il y a quinze ans, connaissent une résurgence alarmante. Le Nigeria est déchiré par de multiples conflits : l’insurrection de Boko Haram et de l’État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP) dans le nord-est, l’infiltration de groupes jihadistes depuis le Niger et le Burkina Faso dans le nord-ouest, et les exactions de bandes criminelles, les “bandits”, dans le centre et le nord. Ces derniers, motivés avant tout par l’appât du gain, terrorisent les populations, pillent les villages et procèdent à des kidnappings contre rançon, créant un climat de terreur permanent.

Comment expliquer que de tels raids puissent se produire en pleine journée, lors de rassemblements religieux ? L’absence de forces de sécurité dans les zones rurales offre un terrain de jeu idéal pour ces groupes. La méfiance historique entre les communautés et la police paralyse en outre toute coopération efficace pour prévenir les attaques ou traquer les auteurs. Le révérend Hayab ne mâche pas ses mots : “Pendant que l’on était occupé à nier (l’enlèvement), cela a simplement donné plus de temps aux bandits pour se cacher, alors qu’on aurait dû les traquer”. Une erreur stratégique, selon lui, qui ne doit plus se reproduire.

Cette recrudescence des violences, touchant notamment des communautés chrétiennes, a alimenté le discours de l’administration Trump, qui affirmait que les chrétiens du Nigeria étaient victimes d’un “génocide”. Point de vue fermement rejeté par Abuja et de nombreux experts, qui soulignent que jihadistes et bandits frappent sans distinction religieuse. Néanmoins, cette perception a conduit à une intervention militaire directe. Fin décembre, l’armée américaine a mené des frappes aériennes dans l’État de Sokoto, le jour de Noël. Washington justifie ces frappes américaines de Noël par la nécessité de protéger les populations persécutées et de combattre l’impuissance des autorités nigérianes.

Le gouvernement nigérian a déclaré avoir collaboré à ces opérations, visant des jihadistes et des bandits, sans fournir de bilan détaillé. Pour le révérend Hayab, cette voie est la bonne. “Si les frappes de Trump apportent un résultat positif, alors il devrait y en avoir d’autres”, exhorte-t-il. Son appel est sans équivoque : des attaques doivent se poursuivre “jusqu’à ce que tous les camps terroristes, tous les terroristes, tous les sponsors du terrorisme, tous les partisans du terrorisme et toutes les cachettes terroristes soient complètement éliminés”. Une position radicale qui reflète l’exaspération d’une population livrée à elle-même.

L’enjeu est de taille pour le nouveau président, Bola Tinubu, qui hérite d’une crise sécuritaire multifacette. La gestion de l’après-attaque de Kaduna sera un test crucial. Les opérations de secours sont en cours, mais dans l’ombre, des familles attendent dans l’angoisse des nouvelles de leurs proches. Cette tragédie souligne une fois de plus l’urgence d’une stratégie cohérente et d’une collaboration renforcée entre l’État, les forces de sécurité et les communautés locales. Sans cela, les démentis de la police nigériane risquent de continuer à précéder les aveux amers, et le cycle infernal de l’insécurité au nord du Nigeria de perdurer.

Article Ecrit par Cédric Botela
Source: mediacongo.net

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